::+:: Le mur des réformateurs - Heinrich Bullinger (1504-1575)


Heinrich Bullinger, l’un des théologiens chefs de file du protestantisme du XVIe siècle, a œuvré pour l’affirmation et l’ancrage de la Réforme à Zurich. A l’âge de 27 ans, il succéda à Huldrych Zwingli à l’église du Grossmünster, et ses prêches poignants n’avaient rien à envier à ceux de son prédécesseur.

Bullinger était connu pour son hospitalité et cultivait une correspondance intense avec toute l’Europe, ce qui l’a même conduit à publier un genre de journal politique.
"Sa sculpture se trouve près du mur méridional extérieur de l’église Grossmünster".


L'Église protestante et son origine - Il y a cinq cent ans, Martin Luther clouait ses thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg. Et ainsi un mouvement qui travaillait la société depuis déjà des années, voire des décennies ou même des siècles, prenait un nouveau tournant. Car la Réforme n’est pas l’œuvre d’un seul homme qui aurait eu un projet clair et précis. Ce mouvement est beaucoup plus riche et aussi beaucoup plus complexe.
Voici la biographie de plusieurs Réformateurs. Dans le choix nous nous sommes laissés inspirer du Monument international de la Réformation qui se trouve à Genève.

Rédigé par René Neuenschwander
Ancien journaliste ayant travaillé plus de 25 ans dans une rédaction, René Neuenschwander est aussi l’auteur de la brochure Les réformateurs. Un mur - dix portraits. Ces dix portraits retracent l’histoire de la réforme protestante en s’inspirant des personnages représentés sur le célèbre Mur des Réformateurs à Genève. Un voyage à travers le temps pour ceux qui s’apprêtent à visiter la cité de Calvin. 
(Vous retrouverez un article sur ces dix portraits dans la rubrique "Regards Protestants" de ce blog)



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Heinrich Bullinger (1504-1575)


A la mort de Zwingli à Kappel, les Zurichois étaient en plein désarroi. Le mouvement de la Réforme était en danger faute de leader. Pour lui succéder, le Conseil de la ville fit alors appel à un jeune pasteur de 27 ans, Heinrich Bullinger, récemment réfugié dans la cité.

Bullinger, fils illégitime du curé de Bremgarten, était né dans cette bourgade le 18 juillet 1504. Il avait fait ses études à l’Université de Cologne où il avait rompu avec l’Eglise romaine, suite à une recherche personnelle au travers de sa lecture de l’Evangile et des oeuvres de Pères de l’Eglise et de réformateurs, Martin Luther entre autres.

Il avait enseigné à Kappel am Albis de 1523 à 1529, où il avait rencontré Zwingli et était devenu l’un de ses fervents partisans. Ses convictions réformées s’étaient manifestées notamment par des cours d’exégèse, en particulier des épîtres de Paul, donnés en allemand et en public, ce qui était totalement innovateur. A Bremgarten, son père avait avoué publiquement ses erreurs, épousé les idées de la Réforme et… sa mère, et était devenu pasteur de cette localité. Curieusement, la population avait appelé Bullinger à lui succéder. Mais bientôt, sous la pression des cantons catholiques, le vent avait tourné et il avait été chassé en 1531, quelque temps après son mariage avec une ancienne religieuse, et s’était enfui à Zurich.

Défenseur des intérêts de l’Eglise

Dans cette ville, si Bullinger accepte sa nomination le 9 décembre 1531, il ne transige pas avec le pouvoir, exigeant la garantie d’une totale liberté de prédication. Sous sa direction, le raffermissement de l’Eglise zurichoise est rapide. Un an plus tard il lui offre une constitution réglant les rapports entre Eglise et autorités, le fonctionnement du Synode, etc. Il développe aussi un système d’enseignement et de bourses et fait connaître l’école de Zurich en engageant des théologiens de talent chassés de chez eux. En Suisse, il émerge, au côté de Calvin, comme leader incontesté des Eglises réformées, les deux hommes ayant scellé par le Consensus Tigurinus l’entente sur la signification de la cène.

Ecrivain prolifique

L’influence de Bullinger sur le protestantisme suisse et européen est décisive et durable, culminant dans son testament théologique personnel élaboré entre 1561 et 1564, la Confession helvétique postérieure, publié en 1566. L’opportunité de cette publication est offerte par Frédéric III, prince électeur palatin, qui avait demandé à Théodore de Bèze et Heinrich Bullinger un texte fondateur qu’il devait présenter à la Diète impériale. Les 30 thèses qui la composent ont immédiatement un grand retentissement. En Suisse, elles sont adoptées par tous les cantons réformés et très bien accueillies dans l’ensemble de l’Europe réformée. Elles sont traduites en français et en anglais. La Confession est contresignée par le Synode de Glasgow, par celui de Debreczen, en Hongrie, fait référence en Pologne, moyennant quelques légères modifications. On lui connaît 80 éditions. Malgré un langage propre au XVIe siècle, la Confession reste une référence pour les Eglises réformées évangéliques encore aujourd’hui.

Bullinger entretint aussi une correspondance fournie avec de nombreuses personnalités de tous les milieux culturels et sociaux, des pasteurs aux princes en passant par des hommes politiques. On estime l’ensemble de ses lettres envoyées et reçues à 12.000. Il fut aussi considéré comme un diplomate hors pair, se préoccupant, entre autres, du sort des Huguenots et intervenant en leur faveur, avec Théodore de Bèze, auprès de nombreux ambassadeurs français, s’opposant fermement à leurs campagnes de recrutement de mercenaires suisses. Avec sa femme, ils accueillirent de nombreux réfugiés, surtout français.

Son goût pour l’écriture le conduisit à publier 124 ouvrages ayant fait l’objet, de son vivant, de nombreuses éditions et traductions et qui se répandirent à travers le monde entier. La première prédication tenue par des émigrants à New York est de lui! Son livre le plus célèbre demeure son Hausbuch, qui réunit 50 prédications.

Après avoir exercé son ministère zurichois durant 44 ans, Heinrich Bullinger meurt le 17 septembre 1575. Durant l’année 2004, les cantons de Zurich et d’Argovie ont organisé de nombreuses manifestations rendant un hommage mérité à ce grand réformateur, le faisant par-là même sortir de l’ombre de Zwingli.

René Neuenschwander Univers de la Bible

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