::+:: Le Vatican rappelle la doctrine chrétienne du salut

Le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mgr Luis Ladaria Ferrer.
La Congrégation pour la doctrine de la foi a publié une lettre aux évêques du monde entier sur le salut chrétien, intitulée Placuit Deo (Il a plu à Dieu). Ce document est signé par Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer et Mgr Giacomo Morandi, respectivement préfet et secrétaire du Dicastère.

Rome met en garde contre deux dérives possibles de la foi sous l’influence de la culture contemporaine, l’individualisme et le subjectivisme qui nient « l’action salvifique du Christ ».



Le Christ guérissant les paralytiques, peinture sur bois de Jacopo del Sellaio, XVe siècle. / DeAgostini/Leemage

La notion de salut parle-t-elle encore aujourd’hui ? Il faut bien reconnaître qu’il se résume souvent, y compris pour les chrétiens, à la recherche de la santé physique, du bonheur et de la réalisation personnelle, ou encore de la prospérité économique.

Conscient de l’impact des « récentes transformations culturelles » sur la foi, le Vatican vient de publier une lettre sur le salut, « Placuit Deo », à la demande du pape François qui, à plusieurs reprises, a mis en garde contre des interprétations erronées de la manière de penser et de vivre le salut chrétien.

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) y pointe donc deux tentations qui s’apparentent aux anciennes hérésies des premiers siècles et concernent les croyants modernes.



Une vie chrétienne réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ

D’une part, une manière « pélagienne » de comprendre et de vivre sa foi, c’est-à-dire qu’on croit obtenir le salut en faisant de son mieux, dans un « individualisme centré sur le sujet autonome », dont la « réalisation dépend de ses seules forces ».

Dans cette optique, la vie chrétienne est réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ, considéré simplement comme « un modèle qui inspire des actions généreuses », mais pas identifié dans sa « radicale nouveauté », comme « celui qui transforme la condition humaine ». « On oublie alors que le salut nous est offert par lui, à travers l’Église, la vie communautaire et les sacrements », souligne le père Henri-Jérôme Gagey, théologien et vicaire général du diocèse de Créteil.


« Le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité »
D’autre part, une manière « gnostique » de vivre sa foi, en cherchant « un salut purement intérieur ». La foi est vécue et comprise comme une expérience éminemment intérieure et personnelle de Dieu, mais qui, du coup, déresponsabilise, ne pousse pas à s’engager dans ce monde et peut faire oublier qu’on a besoin des autres.

Le corps et le monde créé sont alors considérés comme une « limitation de la liberté absolue de l’esprit humain », dont il faut se dégager. Or, rappelle la CDF, « le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité, mais l’intégralité de notre être. C’est toute la personne, en effet, corps et âme, qui a été créée par l’amour de Dieu à son image et à sa ressemblance, et qui est appelée à vivre en communion avec Lui ».

« Nous sommes créés pour un salut plus grand que nous, et qui prétend transformer nos relations aux autres et nous donner de vivre dans un monde lui-même sauvé où la mort est vaincue », appuie le père François-Marie Humann, abbé de l’abbaye prémontrée Saint-Martin de Mondaye (Calvados) et professeur de théologie à l’Institut catholique de Paris.


« Mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement »
Comment ces tendances se manifestent-elles aujourd’hui concrètement ? Le document ne le précise pas. « Il ne s’agit pas de pointer des comportements ! Simplement de mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement alors que le salut est éminemment communautaire », a souligné Mgr Luis Francesco Ladaria Ferrer, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en présentant le texte.

On peut toutefois reconnaître ces tendances contemporaines derrière le succès du développement personnel, de la méditation de pleine conscience en Occident, ou encore derrière l’invasion des thématiques de la guérison et de la réussite personnelle dans les prédications en Afrique…


« Entrer dans une vie nouvelle avec Dieu »
« Tout cela n’est pas contraire au salut chrétien. Certaines expériences personnelles ou collectives de libération peuvent permettre de comprendre quelque chose du salut de Dieu. Toutefois il ne faut pas le réduire à nos efforts humains », rappelle le père Jean-Marie Gueullette, dominicain, théologien à l’Université catholique de Lyon, mettant en garde contre une « instrumentalisation de Dieu, à notre service ».

Qu’est-ce que le salut, alors ? « Il est plus simple de dire ce qu’il n’est pas que ce qu’il est, les conciles n’en ont d’ailleurs jamais donné de définition dogmatique, rappelle le père Gueullette. Il ne s’agit pas seulement d’être libéré de ce qui nous pèse mais d’entrer dans une vie nouvelle avec Dieu. »


Des échos avec les hérésies antiques
Une note accompagnant la lettre rappelle le contenu de deux hérésies des premiers siècles chrétiens, qui rencontrent un écho dans certaines tendances contemporaines : « Selon l’hérésie pélagienne, qui s’est développée au Ve siècle, autour du moine Pélage, l’homme, pour accomplir les commandements de Dieu pour être sauvé, a besoin de la grâce seulement comme une aide externe à sa liberté », et non « comme un assainissement et une régénération radicale de la liberté, sans mérite préalable ».

Le mouvement gnostique, lui, est plus complexe. Apparu dès les Ier et IIe siècles, il a pris différentes formes. « D’une façon générale, les gnostiques croient que le salut s’obtient à travers une connaissance ésotérique, la gnose. Cette gnose révèle au gnostique sa véritable essence, c’est-à-dire une étincelle de l’Esprit divin qui habite dans son intériorité, laquelle doit être libérée du corps, étranger à sa véritable humanité. »

Céline Hoyeau avec Nicolas Senèze, à Rome / La Croix


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