::+:: Église catholique : dessine-moi un miracle


N’est pas miraculé·e qui veut. L’Église impose un long parcours du combattant pour estampiller « Miracle » une guérison inespérée. Mais, pour autant, le miracle n’est pas une preuve.

Elle s’appelle Bernadette – ça ne s’invente pas – et sa guérison suite à un pèlerinage à Lourdes vient d’être considérée comme miraculeuse. Elle a recouvré l’usage de la marche en 2008, à 69 ans, alors qu’elle était atteinte d’une maladie des racines lombaires réputée incurable qui avait atteint un stade extrêmement invalidant. Soeur Bernadette était infirmière – elle connaît bien sa maladie – et, même si elle a reçu, lors du pèlerinage, le sacrement des malades, elle explique avec une bonne santé spirituelle qu’elle n’a pas même songé à prier pour sa guérison. Et pourtant, elle a été guérie.

Soyons clairs : je ne doute pas une seconde de la réalité de ce qui est arrivé à soeur Bernadette, et ceci pour l’excellente raison que toutes les religions, depuis la plus haute antiquité, ont eu des sanctuaires où se sont produits des miracles. Ce n’est en aucun cas une spécialité catholique ou chrétienne. On trouve des ex-voto au temple d’Esculape en Grèce ; des miracles sont répertoriés sur les tombes de rabbins dits « miraculeux », dans les sanctuaires hindouistes, bouddhistes, musulmans ou taoïstes. Partout, des gens sont guéris, ils marchent, ils recouvrent la vue ou l’ouïe, leurs plaies s’assèchent et leurs tumeurs disparaissent. Mais, quand ça ne se produit pas dans l’Occident positiviste, on n’en demande pas de « preuve » à la médecine. D’ailleurs, la plupart du temps, les gens ne sont pas allés chez le médecin avant et, après, ils se contentent de louer leurs dieux de les avoir secourus et rentrent chez eux, réjouis et sauvés. Pas d’analyses, pas de radios, pas de scanners, pas de preuves, juste la foi et la joie.

C’était aussi le cas en Occident jusqu’au XIXe siècle. Sous l’influence de la pensée scientifique, on a ouvert à Lourdes un « bureau des miracles » afin de faire entrer la Grâce dans les cases des formulaires administratifs ! Ainsi, l’Église, croyant lutter contre le discours positiviste, s’est en fait soumise à sa logique : il faut que les faits soient « inexplicables » afin qu’ils soient la preuve qu’il y a un Dieu ! Ce qui signifie que Dieu est cantonné dans l’inexplicable et que donc, au fur et à mesure que la science progresse et explique, la part de Dieu régresse. Voilà comment le miracle a été complètement dévoyé, soupesé non au poids de la foi, mais à celui de l’échec de la science.

Pourtant, il suffit de lire l’Évangile pour comprendre que cette perspective est très éloignée de ce que Jésus fait. Certes, il est « thaumaturge ». On lui présente des malades et il les guérit. Mais les miracles sont des signes donnés pour la foi – des signes, c’est-à-dire quelque chose à comprendre et à interpréter. L’époque antique et le monde dans lequel Jésus a vécu ne manquent ni de magiciens, ni de faux prophètes, et les Actes des Apôtres rapportent les hauts faits d’un certain Simon, dit « le magicien », qui semble faire des miracles très impressionnants (Actes 8, 9). Ce qui est bien dire que les miracles ne prouvent rien. Notons que les contemporains ne se demandent pas s’il est possible que le miracle ait lieu mais au nom de qui, avec quelle puissance Jésus agit ? Leur questionnement ne porte pas sur la réalité de la guérison mais sur ce qu’elle signifie et ce qu’elle dit de l’identité de celui qui l’opère.

Les guérisons comme celle de soeur Bernadette sont cependant impressionnantes dans la mesure où elles révèlent un espace qui échappe à notre connaissance. Nous devons admettre que nous ne savons pas ce qui s’est produit ; puissance de l’esprit humain ou puissance de Dieu ? Nous pouvons juste constater que « ça s’est produit ». Certains et certaines y trouveront des raisons de croire, d’autres de mesurer l’étendue de notre ignorance.

Il reste qu’en cette matière, au-delà de ce que le « bureau des miracles » peut enregistrer, il y a ce qui ne défie pas la science mais mérite notre émerveillement. Pour ma part, je n’ai vu personne quitter son fauteuil roulant et se mettre à courir, mais j’ai vu des paralysés du coeur se mettre à aimer et des âmes dévorées par la haine pardonner. Oui, quand des murs tombent, ou que des ennemis se tendent la main, cela relève du miracle.

par Christine PEDOTTI / Témoignage Chétien 







Illustration : Saint Côme et Saint Damien procédant à une guérison miraculeuse par la transplantation d'une jambe. Huile attribuée au Maître de Los Balbases, vers 1495. See page for author [CC BY 4.0], via Wikimedia Commons

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