::+:: De profundis - La dernière nuit du Christ

A gauche: une rue ancienne découverte en 1897. Elle aurait été empruntée par le Christ lorsqu'il fut amené par les gardes au palais de Caïphe. A droite: la fosse profonde, sur laquelle les Byzantins avaient construit une première église, aurait servi de cachot au Ier siècle. C'est là que Jésus aurait passé sa dernière nuit. ©Michel De Jaeghere

Ce lieu porte le nom du plus célèbre reniement de l'histoire: Saint-Pierre-en-Gallicante, là où avant que le le coq ne chante, Pierre nia par trois fois connaître le Nazaréen. Juste en-dessous, dans la fosse d'une prison souterraine, le Christ attendait l'heure de son jugement. Une curieuse trace imprègne encore la roche de sa prison.

C'est une des scènes les plus poignantes des Evangiles. Des gardes quittent à la hâte le jardin des Oliviers, en un cliquetis de chaînes. Jésus de Nazareth vient d'être arrêté. On le conduit chez le grand prêtre. Les apôtres suivent, de loin, l'escorte dont les torches percent la nuit noire. Dans la cour du palais de Caïphe, Simon-Pierre vient se chauffer au coin du feu. Une servante le reconnaît: «Toi aussi, tu étais avec le Nazaréen Jésus.» Par trois fois, Pierre le nie.«Il se mit à jurer avec force imprécations: “Je ne connais pas cet homme dont vous parlez.” Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite: “Avant que le coq chante deux fois, tu m'auras renié trois fois.”Et il éclata en sanglots.» (Mc 14, 71-72). Si les quatre Evangiles relatent ce même épisode, il est un détail présent uniquement chez Luc: «Un coq chanta, et le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre.»(Lc 22, 60-61). Comment cet échange de regard a-t-il pu avoir lieu, dans le tragique enchaînement de la Passion? «Ma conviction est que la scène se passe au petit matin, à l'heure où les coqs chantent, et où Jésus est tiré desa prison pour comparaître devant le Sanhédrin. Du fond de cette prison, il a probablement entendu Pierre lerenier deux fois.» Supérieur du sanctuaire Saint-Pierre-en-Gallicante, le père Jean-Daniel Gullung, assomptionniste, justifie cette hypothèse. En 1887, lorsque son ordre acheta le terrain, des fouilles furent entreprises, qui menèrent des ruines d'une église croisée et de deux églises byzantines aux vestiges hérodiens d'une demeure entourée de dépendances et de moulins. Probablement celle d'un personnage considérable, identifié par deux détails: l'inscription du lieu où il fallait déposer les aumônes, et deux collections de poids et de mesures utilisées au Temple. 

En 348, saint Cyrille de Jérusalem avait décrit cette demeure en ruine en l'identifiant comme le palais de Caïphe.
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C'est probablement au fond de cette fosse, descendu par des cordes, que Jésus vécut l'horreur de sa dernière nuit, sous les insultes des gardes qui, d'en haut, se gaussaient, appuyés sur le rebord de la citerne, encore marqué de la trace habituelle du coude et du pied du surveillant.

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En donnant un coup de pioche dans l'enduit de ce qui semblait être une citerne en dessous du palais, l'un des archéologues trouve sur les murs des croix byzantines, signes d'une dévotion ancienne, ainsi qu'un escalier percé dans la roche. Au-dessus de la fosse, un corps de garde et une prison, avec, dans les cavités rocheuses, des traces de trous pour les anneaux des chaînes. C'est probablement au fond de cette fosse, descendu par des cordes, que Jésus vécut l'horreur de sa dernière nuit, sous les insultes des gardes qui, d'en haut, se gaussaient, appuyés sur le rebord de la citerne, encore marqué de la trace habituelle du coude et du pied du surveillant.

Abandonné à une solitude rendue plus cruelle par la voix familière de Pierre qui, à quelques mètres de là, le reniait, «homme de douleur, familier de la souffrance» (Is 53, 3), le Christ commence à boire la coupe amère dont il suppliait, quelques heures plus tôt, son Père de l'épargner si c'était possible. Par une mystérieuse translation, toutes les souffrances, toutes les hontes, de l'humanité fondent sur lui. C'est l'heure de la grande déréliction, avant même l'épreuve de la Croix: «Tu m'as mis au tréfonds de la fosse, dans les ténèbres, dans les abîmes (…). Pourquoi, Yahvé, repousses-tu mon âme, caches-tu loin de moi ta face?» (Ps 88, 7-14).

En 1949, alors que des officiers anglais visitent la fosse, l'un d'entre eux s'écrie:«Mais qui est là?» On approche une bougie pour l'éclairer: dans un angle de la fosse, se dessine clairement, imprimée sur le mur, la silhouette d'un homme à genoux, les bras ouverts, la tête inclinée. L'on tente d'analyser la mystérieuse trace: aucune peinture n'est détectée. La trace est toujours là, visible en lumière rasante. Mystère trop opportun pour être vrai? Ou illustration directe des propos du Christ à ses disciples, quelques jours avant sa Passion: «Je vous le dis, si eux se taisent, les pierres crieront!» (Lc, 19, 40)

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