::+:: Le christianisme, une contre-culture

Veillée de prière lors des JMJ de Cracovie, en 2016. WOJTEK RADWANSKI/AFP

L'actualité éditoriale regorge de livres traitant de la place des chrétiens dans notre société. Jérôme Fourquet a ainsi livré dans À la droite de Dieu un diagnostic documenté et pessimiste du poids des catholiques dans la société française. Minoritaires, ils sont alors invités à intérioriser ce fait objectif pour mettre leur parole publique, en particulier lorsqu'elle a une résonance politique ou bioéthique, en sourdine. On envisage en effet à grand-peine, malgré les intéressantes perspectives développées il y a une vingtaine d'années par Habermas, que leur réflexion anthropologique s'insère, sans prétention magistérielle pour une société sécularisée, dans la conversation civique commune. Elle serait alors une participation aux discernements incessants d'une époque agitée. Plane dans nos pays toujours le spectre, sinon d'un ordre moral, au moins d'un discours normatif sur les comportements dont la société individualiste pense le caractère indifférent comme une pierre d'angle d'un vivre-ensemble paisible.

L'éthique sociale, de l'écologie à l'accueil des migrants, jouit seule d'une certaine estime car l'on sent confusément que l'Église a un mot à dire sur la gouvernance des choses qui apparaissent spontanément comme des biens communs mondiaux. En revanche, dès lors que les propositions qui viennent des chrétiens établissent des liens entre les comportements collectifs et individuels, dès lors que la personne comme être de relation et acteur unifié du bien commun est remise au centre, alors il y a comme un rejet spontané. On peut le regretter, on peut incriminer tantôt les catholiques aux priorités mal établies, tantôt la société civile devenue strictement utilitariste, mais il faut d'abord le constater.

Plus profondément, c'est dans la crise du lien qu'il faut rechercher la cause principale de la difficulté qu'ont l'Église et nos sociétés civiles sécularisées à se considérer sereinement. L'Église ne cesse, par ce qu'elle dit d'elle-même et de l'humanité, de redire que nos liens nous engagent, que nos comportements et nos appartenances ont un poids d'éternité pour les croyants et, pour tous, une valeur infinie dans la mesure où ils s'ancrent dans une durée. Quand, des relations interpersonnelles à la consommation en passant par les étapes professionnelles, tout n'est que triomphe de la «société liquide» où le lien se noue et se dénoue immédiatement formant des réseaux en reconfiguration constante, l'Église propose autre chose: la promesse, le don et la fidélité qui permettent de passer heureusement de l'individu isolé à une humanité de communion. En cela, elle est dans la post-modernité un principe constant de contradiction et appelle à une unité et une cohérence dont nous ne sommes jamais pleinement capables mais qui nous obligent.

Face à cette proposition radicale, est-ce bien la notion de minorité qui la décrit le mieux ou celle de contre-culture? Il y a là pour les chrétiens comme pour les autres un déplacement de perspective qui peut faire passer du repli à la mission...

Par Louis Manaranche / Le FigaroVox
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Louis Manaranche est professeur agrégé d'histoire et responsable de l'Observatoire de la modernité au Collège des Bernardins.
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