::+:: Le succès de Taizé va-t-il inspirer le synode catholique sur les jeunes ?

Des volontaires du rassemblement de Taizé à Bâle , décembre 2017 / Michael Debets/ZUMA PRESS/MAXPPP/MAXPPP

Une fois encore, la rencontre européenne organisée par la communauté œcuménique de Taizé qui s’est achevée lundi 1er janvier au matin à Bâle, a été un succès. Pendant quatre jours, cette enclave suisse entre les frontières française et allemande, a vécu au rythme des 20 000 jeunes venus de toute l’Europe pour passer la fin de l’année dans une atmosphère de prière et de fête.

À dix mois du synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations », qui se réunira à Rome en octobre à l’appel du pape François, le succès de Taizé est étudié de près par l’Église catholique, qui, de son côté, cherche des moyens de réduire la fracture avec les jeunes d’aujourd’hui. En France, lors des consultations menées dans les diocèses, Taizé est revenu systématiquement comme un lieu apprécié des jeunes.

Taizé, un modèle pour l’Église  ?

Le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, a lui-même rendu visite à Taizé dans le cadre de ses visites préparatoires. « Il est venu non seulement pour parler avec les frères de la communauté, mais aussi pour écouter les jeunes », souligne frère Aloïs, le prieur de la communauté œcuménique. Lui, se félicite de la perspective de ce synode : « il est merveilleux que l’Église cherche à mieux intégrer les jeunes d’aujourd’hui ».

Jeudi 28 décembre, jour de l’ouverture de la rencontre de Bâle, le pape François avait adressé un message chaleureux et sa bénédiction aux participants. Approuvée et encouragée par les papes successifs depuis des décennies, la communauté de Taizé, qui n’est officiellement pas catholique, est-elle un modèle pour l’Église ?

« La simplicité et en même temps la densité du message, la droiture et l’authenticité du style de vie proposé, font que Taizé est un modèle pour toutes les Églises », répond sans hésiter Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, une ville où l’œcuménisme est particulièrement développé. Dans les autres Églises chrétiennes aussi, on reconnaît volontiers les bénéfices de Taizé. « Chez nous, des jeunes reviennent peu à peu à l’Église en passant par les groupes de Taizé », indique Sara, une copte-orthodoxe de 32 ans, venue d’Égypte avec une dizaine de compatriotes.

Mais jusqu’à quel point l’Église catholique peut-elle s’inspirer du « style » Taizé ? La question est d’autant plus délicate que les jeunes catholiques qui participent à la rencontre européenne portent eux-mêmes des regards bien différents sur leur Église.

Synode des jeunes, clôture du questionnaire en ligne

« Quand on est ici, on a l’impression que tout est acquis : l’accueil des personnes homosexuelles, la place des femmes, la place des jeunes. Mais quand on rentre dans nos paroisses, on se rend compte qu’en fait, non », regrette, un brin contestataire, Matthias, 20 ans, croisé dans les rues de Bâle avec un groupe du diocèse de Nantes (Loire-Atlantique). « C’est vrai qu’ici, on est dans une bulle », lance une jeune fille à ses côtés.

Taizé, parenthèse idéale dans une vie d’Église corsetée ? « J’aime beaucoup les prières de Taizé, mais ça ne remplace pas une messe », tempère François-Marie, étudiant en histoire à La Roche-sur-Yon (Vendée), venu avec le même groupe.

De fait, tous les participants n’attendent pas de l’Église une plus grande ouverture en priorité. « Il faut une catéchèse plus solide et plus unifiée », demande par exemple Paula, 22 ans, venue d’Argenteuil (Val-d’Oise). « Je reçois des jeunes en aumônerie qui, après la confirmation, pensent tout juste que Jésus était un homme gentil. C’est difficile d’avoir envie de s’engager quand on en connaît si peu », déplore cette étudiante en droit très engagée dans son diocèse.

Mais qu’il s’agisse d’ouverture, d’écoute ou de silence, tous ces jeunes trouvent à Taizé quelque chose qu’ils voudraient voir davantage dans leur Église. Dimanche soir, alors que la « fête des peuples » qui marque le point d’orgue de la rencontre européenne de Taizé battait son plein, était clôturé le questionnaire en ligne par lequel le Vatican sollicitait, en amont du synode, l’avis des jeunes du monde entier sur l’Église et la foi. Les réponses à cette enquête vont maintenant être dépouillées, étudiées et synthétisées. Comment articuler magistère, foi et aspirations des jeunes d’aujourd’hui, ce sera tout l’enjeu de ce synode.

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En 2018, la rencontre européenne de Taizé aura lieu à Madrid

- Du 28 décembre 2018 au 1er janvier 2019. Ce sont les dates de la prochaine rencontre européenne de Taizé, qui aura lieu à Madrid (Espagne). Frère Aloïs, prieur de la communauté, l’a annoncé samedi soir depuis Bâle (Suisse), sous les applaudissements des jeunes.

- 5e édition en Espagne. Si la capitale espagnole n’a encore jamais accueilli cette rencontre, l’Espagne est une habituée de ce rendez-vous. Il a déjà eu lieu trois fois à Barcelone (1979, 1985 et 2000) et une fois à Valence, en 2015.

- Un rassemblement à Hong Kong. Deux ans après la rencontre africaine à Cotonou (Bénin), un nouveau rassemblement continental aura lieu, pour l’Asie cette fois, à Hong Kong, du 8 au 12 août.

- Deux rassemblements régionaux européens auront également lieu en 2018 : en Ukraine, au mois d’avril, et en Autriche, au mois d’octobre.

Gauthier Vaillant, à Bâle (Suisse) / La Croix

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