::+:: Le mur des réformateurs - Jean Hus (1371-1415)


L'Église protestante et son origine - Il y a cinq cent ans, Martin Luther clouait ses thèses sur la porte de l’église du château de Wittenberg. Et ainsi un mouvement qui travaillait la société depuis déjà des années, voire des décennies ou même des siècles, prenait un nouveau tournant. Car la Réforme n’est pas l’œuvre d’un seul homme qui aurait eu un projet clair et précis. Ce mouvement est beaucoup plus riche et aussi beaucoup plus complexe.

Le troisième personnage ajouté en 2001 au Mur des Réformateurs à Genève, avec Pierre Valdo et John Wycliff, que nous avons présentés précédemment, est le Tchèque Jean Hus. Plus d’un siècle avant le véritable mouvement de la Réforme, il prêcha la Vérité, le salut par la foi et par grâce, et non par les oeuvres, à une époque de grands troubles dans l’église de Rome.

Rédigé par René Neuenschwander
Ancien journaliste ayant travaillé plus de 25 ans dans une rédaction, René Neuenschwander est aussi l’auteur de la brochure Les réformateurs. Un mur - dix portraits. Ces dix portraits retracent l’histoire de la réforme protestante en s’inspirant des personnages représentés sur le célèbre Mur des Réformateurs à Genève. Un voyage à travers le temps pour ceux qui s’apprêtent à visiter la cité de Calvin.


___________________________________



Jean Hus (1371-1415)


Jean Hus est né au sud de la Bohême et ses parents, pourtant de condition modeste, l’envoyèrent faire ses études à l’Université de Prague. Sa carrière fut brillante. Il se montra tout d’abord très attaché à la papauté, entra dans les ordres, obtint de nombreux titres et la reine Sophie de Bavière le choisit pour être son chapelain. En 1402, il fut nommé prédicateur à la chapelle de Bethléem à Prague, édifice pouvant contenir 3000 personnes. Il y prêcha dans la langue du peuple.

Pour exercer ses nouvelles fonctions, Hus eut à sonder davantage les Ecritures. Ainsi, il acquit une conception plus claire de la Parole de Dieu en croissant dans la connaissance des choses divines. Ce qu’il recevait par l’Esprit de Dieu, il le répandait autour de lui. Il lut aussi les écrits théologiques de Wycliff et se trouva en accord avec les réformes que ce dernier demandait. Plusieurs auditeurs furent saisis par ces idées nouvelles, d’autres s’y opposèrent. Mais grâce à la protection de l’archevêque et de la reine, il continua à proclamer la Vérité de l’Ecriture, en appelant constamment à elle pour justifier ce qu’il disait, malgré les attaques de ses ennemis. Il fut un véritable pasteur d’âmes, surtout pour les gens les plus humbles.

Un événement se produisit alors qui ébranla la foi de Hus en l’autorité du pape. James et Conrad de Canterbury, disciples de Wycliff, gradés d’Oxford, arrivèrent à Prague. Ils tinrent des réunions publiques contre la doctrine de la primauté du pape. Les autorités de la ville leur enjoignirent de se taire. Mais les deux hommes savaient aussi bien peindre que parler. Ils peignirent dans le vestibule de la maison de leur hôte d’un côté le Christ entrant à Jérusalem sur un ânon et de l’autre la magnificence d’un cortège pontifical. Le contraste que ces peintures présentaient frappait les spectateurs. Cela déclencha une grande excitation et les Anglais jugèrent prudent de s’éloigner.

Hus vint voir les fresques, étudia plus à fond les écrits de Wycliff et fut d’abord horrifié par la hardiesse des arguments présentés contre les abus, les superstitions et les erreurs de l’église de Rome et, enfin, fut convaincu de leur justesse. Le pseudo-miracle de Wilsnack (on avait découvert, sous les restes d’un ancien autel, des hosties rouges, que l’on prétendait être la chair et le sang de Christ mais qui, en fait, étaient simplement oxydées par l’humidité) contribua à ouvrir davantage les yeux de Hus. Bien que l’archevêque ait dénoncé la supercherie, les foules continuaient à venir se prosterner devant les hosties. 

A cette époque, deux papes se prévalaient de la légitimité de la fonction de vicaire de Christ, Grégoire XII à Rome et Benoît XIII à Avignon. Tous deux avaient été déposés par le concile de Pise, en 1409, qui avait élu Alexandre V, mais avaient refusé cette décision. Le nouveau pape mourut peu après, empoisonné, dit-on, par son ami qui allait lui succéder sous le nom de Jean XXIII.

Hus dirigea alors ses attaques contre les prélats, puis les nobles, puis le clergé inférieur, dont la moralité était au plus bas, tout comme celle des habitants de Prague. Il se donna donc pour mission de réveiller les consciences.

Ces prises de position lui valurent de nombreuses inimitiés et même des haines farouches. Il fut accusé d’hérésie, tout comme Wycliff, dont les écrits furent brûlés. A cause de ses prédications, la ville de Prague fut placée sous l’interdit et les églises furent fermées, toutes les célébrations religieuses étant proscrites. De plus, la chapelle de Bethléem devait être détruite et Hus saisi et brûlé. La forte opposition du peuple fit renoncer au projet les sénateurs chargés de l’exécution. Mais menacé, Hus dut s’exiler pour un temps. S’il n’eut jamais l’intention de quitter le sein de l’église, il dénonça avec force les indulgences que Jean XXIII accordait à ceux qui s’engageaient dans l’armée qu’il levait pour combattre les souverains qui refusaient son autorité et à ceux qui l’y aidaient financièrement.

Peu à peu, la plupart des protecteurs de Hus l’abandonnèrent, mais fort heureusement Dieu lui avait suscité un ami inconditionnel, Jérôme de Prague, qui adopta ses idées et prêcha la Vérité avec lui. Les luttes intestines de l’église de Rome, qui occupaient le pape Jean XXIII, permirent aux deux hommes de jouir d’un répit durant lequel ils continuèrent à propager la Parole de Dieu.

Bravant le danger, Jean Hus revint à Prague pour de courts séjours, se réfugiant chez des amis lorsque sa présence était connue. Toutefois, en novembre 1414, il fut sommé de comparaître devant le concile de Constance, réuni pour mettre fin au schisme dans l’église. Il s’y rendit muni d’un sauf-conduit de l’empereur Sigismond, censé le protéger. Tout d’abord les trois papes en fonctions furent contraints d’abdiquer et Jean XXIII, seul présent et repentant, fut… élevé au cardinalat après quatre ans d’emprisonnement.

Le concile n’eut pas la même clémence pour Hus. On lui intima l’ordre d’abjurer ce qu’il avait enseigné, mais il refusa en proclamant: «Je ne rétracterai rien de ce que j’ai dit ou écrit, à moins que l’on ne me prouve que mes paroles sont en opposition avec la Parole de Dieu.» Après plusieurs jours de débats houleux, Jean Hus fut condamné en tant qu’hérétique obstiné et incorrigible, à être dépouillé de son caractère de prêtre et brûlé vif. A l’énoncé du verdict, il se mit à prier pour ses ennemis sous les rires moqueurs de quelques membres du concile. Il fut conduit au bûcher et mourut en chantant: «Jésus, fils de David, aie pitié de moi.» Ses cendres furent jetées dans le Rhin.

Jérôme de Prague se rendit aussi au Concile, fut arrêté et torturé durant quatre mois. A bout de forces, il abjura toutes les hérésies dont il était accusé et celles de Wycliff et de Hus et approuva la sentence portée contre eux. Mais, après 340 jours de cachot, il fut pris de remords et demanda à paraître à nouveau devant le concile où il se rétracta. Il mourut sur le bûcher.

Les travaux de Hus et de Jérôme de Prague n’avaient pas été stériles. Avant même la fin du concile, un mouvement naquit en Bohême, dont les partisans furent nommés hussites, sauvagement réprimé, par le nouveau pape Martin V. Mais la Réforme était en marche et rien ne pourrait l’arrêter.

René Neuenschwander / Univers de la Bible

Posts les plus consultés de ce blog

::+:: Le désastre naturel de l’Age du Bronze reporté sur une stèle

::+:: L'appel d'un curé au pape François pour ouvrir l'Église aux hommes mariés

::+:: Les textes sur le mécanisme d’Anticythère ont été déchiffrés