::+:: Le “meilleur” d’Israël ne suffit pas à enrôler les Chrétiens contre la résolution de l’UNESCO

Des prêtres de l'Eglise arménienne assistent aux prières du dimanche des Rameaux dans l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 5 avril 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
L’échec d’Israël à recruter le monde chrétien contre la résolution controversée de l’UNESCO sur Jérusalem était-il une défaite diplomatique écrasante et impardonnable, ou le monde occidental ne s’intéresse que si peu à son héritage culturel et religieux qu’il n’y a rien que même les meilleurs diplomates puissent faire pour l’empêcher ?

En citant le complexe du mont du Temple simplement comme « la mosquée Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif », la résolution ignore délibérément les relations des juifs à la Vieille Ville et à ses lieux saints. Cette distorsion évidente de l’histoire a entraîné un énorme tollé auprès de la population israélienne, et a été mise en lumière par les réponses irritées du gouvernement.

Mais la résolution, qui a été largement approuvée en commission jeudi et ratifiée mardi par le Conseil exécutif de l’UNESCO, ferme également les yeux devant la relation du christianisme à la ville dans laquelle Jésus a été crucifié et enterré il y a quelques 2 000 ans, et qui est depuis révérée par les chrétiens du monde entier. 

Aucun des presque 2 000 mots de la résolution ne mentionne spécifiquement la plus grande religion du monde (presque un tiers de la population mondiale est chrétienne), et ne compte qu’une vague reconnaissance de l’importance de Jérusalem « pour les trois religions monothéistes ». 

Et pourtant, les pays à majorité chrétienne de l’UNESCO ont largement soutenu la résolution, qui a été présentée par l’Algérie, l’Egypte, le Liban, le Maroc, le sultanat d’Oman, le Qatar et le Soudan.

Des fidèles chrétiens orthodoxes allument des bougies dans l’église du Saint-Sépulcre de la Vieille Ville de Jérusalem, pendant la Pâque orthodoxe, le 30 avril 2016. (Crédit : AFP/Thomas Coex)
La République dominicaine, la Russie, le Nicaragua, le Mozambique et l’Afrique du Sud ont voté pour la résolution. Le Mexique et le Brésil également, même si les deux pays ont ensuite exprimé des regrets de cette décision, le Mexique indiquant que, en y réfléchissant à nouveau, il se serait abstenu.

Beaucoup d’autres pays où le christianisme est la religion dominante se sont abstenus. En d’autres termes, ils ont refusé de s’opposer à une résolution qui nie le lien de leur religion à Jérusalem. Ces pays sont notamment l’Argentine, la France et la Suède, mais comme ils votent régulièrement pour les Palestiniens et contre Israël dans ce genre de forums de l’ONU, leurs abstentions sont considérées comme relativement positives pour Israël.

Que s’est-il passé pour que ces pays ne s’inquiètent pas de soutenir ou de ne pas s’opposer à une résolution qui ignore le lien du christianisme à la Ville Sainte ?

Que des pays relativement faibles comme le Cameroun, le Salvador, le Ghana, l’Ouganda, Trinité-et-Tobago et le Kenya collent à leur ligne traditionnelle pro-palestinienne peut être expliqué par leur besoin de rester du bon côté du monde arabe. Cela a un nom : la realpolitik. Mais des pays relativement riches et éclairés comme la Grèce et la France ? Même des pays profondément religieux comme l’Italie et l’Espagne n’ont étrangement pas ressenti le besoin de rejeter la résolution.

Pendant leur plaidoyer ces dernières semaines, les responsables israéliens ont principalement mis en lumière la relation juive à Jérusalem, que la formulation visait simplement à effacer. Israël aurait-il pu éviter la défaite en contactant les pays chrétiens et en leur indiquant que le christianisme était également oublié dans la résolution de Jérusalem ?

Les diplomates israéliens hésitaient cette semaine à parler de leurs efforts pour utiliser cet argument. Un important responsable, s’exprimant sous couvert de l’anonymat, a affirmé que le ministère des Affaires étrangères « a beaucoup travaillé sur cet angle, avec quelques résultats. Nous avons fait de notre mieux. » Il a refusé de donner davantage de précision. 

Que signifie « notre mieux » ? Par exemple, le ministère a publié sur YouTube une vidéo montrant un homme lisant une « Edition de la Bible révisée par l’UNESCO ». Récitant le deuxième chapitre de l’Evangile selon Jean, l’homme est décontenancé par les versets décrivant Jésus allant à « la mosquée Al-Aqsa/Al-Haram Al-Sharif » plutôt qu’au Temple juif.


Mais mardi soir, cinq jours après sa publication, la vidéo n’avait été visionnée qu’à 8 000 reprises.

Jérusalem a également contacté les groupes chrétiens locaux, comme l’Ambassade chrétienne internationale à Jérusalem.


« Nos 85 branches nationales dans le monde entier ont travaillé sur ce vote de l’UNESCO ces dernières semaines, et nous avons le sentiment d’avoir eu un impact en changeant certains résultats”, a déclaré mardi au Times of Israël David Parsons, le directeur média du groupe.

Des centaines de pèlerins chrétiens orthodoxes ont pris part à une procession dans la Vieille ville de Jérusalem en refaisant, sous de vastes croix portées à dos d’homme pour certains, les derniers mètres que Jésus aurait parcourus avant sa crucifixion. Venus du monde entier, ils ont remonté par les ruelles la Via Dolorosa et se sont arrêtés pour prier à chacune des stations du « Chemin de la souffrance », jusqu’à l’église du Saint-Sépulcre, le 4 avril 2015. (Crédit : AFP)

L’aide du Vatican a également été recherchée. Quelques jours avant le vote, le nouvel ambassadeur de Jérusalem au Saint-Siège, Oren David, a contacté le sous secrétaire du Vatican chargé des relations avec les états, Antoine Camilleri, et lui a demandé d’user de son influence pour que les états-membres rejettent la résolution. Un tel texte nuirait autant aux intérêts chrétiens qu’aux intérêts juifs, aurait dit le diplomate israélien à son interlocuteur. (Le Vatican lui-même n’est pas membre de l’UNESCO, et n’y vote par conséquent pas.) 

L’Etat juif a également demandé de l’aide aux protestants, dont certains sont très pro-Israël. « Nous avons demandé leur aide aux communautés évangéliques en passant par nos missions dans chaque pays dans lesquels elles peuvent être efficaces », a déclaré Akiva Tor, qui dirige le Bureau pour les affaires juives mondiales et les religions mondiales du ministère des Affaires étrangères. 

« Israël a fait de son mieux pour éveiller les sensibilités chrétiennes au sens de cette résolution et au fait qu’elle est autant une offense au christianisme qu’au judaïsme. »

Le Brésil, par exemple, compte une forte communauté d’évangéliques pro-Israël, mais leur influence n’a à l’évidence pas suffit pour modifier la décision de leur gouvernement. 

Si les diplomates israéliens avaient plus insisté pendant leurs discussions avec leurs interlocuteurs sur le fait que cette résolution insulte non seulement l’histoire juive, mais aussi leur propre héritage, ils auraient pu être plus efficaces. Cependant, les habitudes de vote pro-palestiniennes sont à l’évidence difficiles à changer… même si cela revient à nier son propre héritage.

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Votes jeudi des membres du Conseil exécutif de l’UNESCO : 

En faveur de la résolution : Algérie, Bangladesh, Brésil, Tchad, Chine, République dominicaine, Egypte, Iran, Liban, Malaisie, Maroc, Maurice, Mexique, Mozambique, Nicaragua, Nigéria, Oman, Pakistan, Qatar, Russie, Sénégal, Afrique du Sud, Soudan et Vietnam

Contre : Estonie, Allemagne, Lituanie, Pays-Bas, Royaume-Uni et États-Unis

Abstention : Albanie, Argentine, Cameroun, Salvador, France, Ghana, Grèce, Guinée, Haïti, Inde, Italie, Côte d’Ivoire, Japon, Kenya, Népal, Paraguay, Saint-Vincent-et-Nevis, Slovénie, Corée du Sud, Espagne, Sri Lanka, Suède , Togo, Trinité-et-Tobago, Ouganda et Ukraine

La Serbie et le Turkménistan étaient absents.

RAPHAEL AHREN / THE TIMES OF ISRAËL

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