::+:: Comment peut-on croire ?


FIGAROVOX/ENTRETIEN - Croire ou ne pas croire ? Dans une société de plus en plus matérialiste, telle est la question. Face au vide métaphysique contemporain, Pierre Durieux nous invite à retrouver une certaine intériorité.

" Pierre Durieux est l'auteur de La méthode simple pour commencer à croire (Artège, 2016) "

Dans votre livre, vous ne cherchez pas à démontrer l'existence de Dieu, mais à démontrer qu'il existe des raisons de croire. Pourquoi aborder la question par ce bout ?

Pierre Durieux: Si la foi était le résultat d'une démonstration, elle ne respecterait pas notre liberté. Mais si la foi était sans raison, elle serait inhumaine. Du coup, croire ne peut pas être un acte strictement rationnel, mais ça ne peut pas être un acte déraisonnable. 

Dieu a choisi de se montrer, plus que de se démontrer. Ce sont les traces de sa présence qu'il convient de regarder de près, avec notre intelligence, notre volonté, notre cœur.

«Je vais mourir ce soir. Peut-être demain», écrivez-vous. Répondre à la question de l'existence de Dieu est une urgence absolue, selon vous ?

C'est la première des urgences car notre destination conditionne toutes les étapes de notre chemin. Ainsi, notre vie est tout à fait différente selon que l'on croie retourner vers Dieu ou vers le néant, ou encore si l'on décrète qu'il est impossible de n'en rien savoir.

Vous décrivez la foi comme une relation avec Dieu. Mais qui doit faire le premier pas?

En s'incarnant, on peut dire que le Christ a fait les 99 premiers pas, puisqu'il a franchi l'infini pour entrer dans le temps et dans l'espace. En se dévoilant de mille façons, Dieu interroge notre conscience et attend notre réponse: Il nous est surtout demandé de faire le dernier pas. C'est le Père Ceyrac qui comparait la vie à un match de tennis: ce qui compte c'est de marquer le dernier point.
" Pour le chrétien, Dieu se trouve au cœur ce celui qui souffre "
«En se montrant plus, Dieu serait devenu évident. En se montrant moins, il serait devenu introuvable.» Pourquoi a-t-il choisi cette attitude face à nous?

Parce qu'il a voulu nous laisser libres, sans quoi il se serait contenté des minéraux, des végétaux et des animaux. Si on accepte l'idée que Dieu a voulu une relation libre avec l'homme, il faut alors comprendre que sa toute-puissance ne pouvait se révéler qu'en toute discrétion. Si nous étions visiblement face à l'infini, nous aurions été comme écrasés, anéantis devant sa puissance. Mais à l'inverse s'il s'était fait plus discret, il aurait alors échappé complètement à notre champ de conscience. Dieu est, somme toute, à bonne altitude.

Pour la plupart d'entre nous, le mal et la souffrance sont en contradiction totale avec l'hypothèse de l'existence de Dieu. Vous pensez au contraire qu'ils conduisent, d'une certaine manière, à Lui. Comment ? 

Lorsque se présente le temps de la souffrance ou de l'épreuve, le doute sur le sens de l'existence s'intensifie. La question du mal hante la conscience humaine. Pour le chrétien, cette question n'est pas d'abord théorique, nos réponses en ce domaine sont bien pauvres, mais elle est pratique: qu'en faisons-nous? Alors que souvent nous aurions envie de demander des comptes à Dieu, l'Evangile de Matthieu 25 nous indique au contraire que c'est Dieu qui nous demandera, un jour, des comptes pour savoir ce que nous avons fait de l'affamé, de l'assoiffé, de l'étranger, du prisonnier, du malade… Pour le chrétien, Dieu se trouve au cœur ce celui qui souffre.
" Les clefs du royaume sont sous le paillasson, c'est-à-dire pas très loin, au pied de chez nous. "
Bernanos décrit la civilisation moderne comme une «conspiration universelle contre toute vie intérieure». Croire en Dieu nécessite-t-il de vivre en opposition avec notre temps?

Nous vivons à une époque où le temps libre n'a probablement jamais été aussi important, ce qui devrait faciliter une certaine intériorité, et pourtant les sollicitations pour vivre à la surface de nous-mêmes n'ont jamais été aussi nombreuses. La vie intérieure est donc une décision, et pour partie, un effort, mais c'est surtout un véritable bonheur à découvrir. Pour celui qui trouve du goût à la prière par exemple, il ne s'agit plus d'un combat contre lui-même mais d'un état qu'on pourrait dire amoureux: il découvre au fond de lui la discrète et chaleureuse présence de Dieu, sa vocation de fils, d'être aimé par-dessus tout et malgré tout, parfois, même malgré lui.

Vous comparez la foi en France à des braises cachées sous des cendres. Pensez-vous qu'il soit toujours possible de les ranimer ?

Oui, notre pays a connu en ce domaine des hauts et des bas. L'histoire de l'Eglise ne se résume pas à une progression ni à une régression. Elle connaît le phénomène des marées… Je crois qu'il est vital pour les chrétiens qu'ils sachent expliquer ce que veut dire croire, pourquoi on croit et en qui on croit. Ils se sont parfois dispersés dans des débats importants mais de deuxième zone. Qu'ils regardent le Christ, qu'ils écoutent sa Parole: il y a en Lui une feuille de route, une lumière, un bonheur qui est suffisant.

Finalement, quelle est la première chose à faire pour commencer à croire ?

Je laisse répondre Saint Jean: il faut tout d'abord aimer car celui qui aime connaît Dieu et celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu. Il n'est pas absolument nécessaire de croire pour aimer, mais il est certainement crucial d'aimer pour croire… La foi naît au contact d'une Parole, c'est la découverte de cette Parole qui illumine l'âme et la réchauffe. C'est le sens du titre de mon livre: les clefs du royaume sont sous le paillasson, c'est-à-dire pas très loin, au pied de chez nous, dans l'Evangile que nous foulons si souvent au pied et sur lequel notre civilisation s'est pourtant construite.

Par Edouard de Mareschal pour Le Figaro Vox.

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