::+:: Un 15 août très politique


L'Assomption de la Vierge, fêtée le 15 août, est l'une des fêtes catholiques les plus importantes. Le 21 mars 1922, à la demande de la chambre des députés français, le Pape déclarait la Vierge Marie «sous le titre de l'Assomption, patronne principale de la nation française». Et jusque dans les années 1960 les processions du 15 août étaient encore un fait de société, un peu partout dans l'Hexagone. Et aujourd'hui, si la pratique religieuse a baissé, le sentiment d'appartenance, en France, à la religion catholique est toujours massif. La culture catholique demeure prédominante même si elle semble avoir été absorbée dans le buvard culturel français. On croit pouvoir l'oublier (sauf dans le cercle actif mais restreint des pratiquants), elle est dans notre épaisseur culturelle, toujours présente, toujours visible comme des balises dans la tempête. Double tempête: celle de la négation des valeurs avec le nihilisme moderne, celle de la barbarie islamiste jusqu'aux meurtres de masse - qui s'est encore illustré, le 14 juillet dernier, avec les 85 morts de Nice. 
Cette année, la fête de l'Assomption prend une tournure particulière.
Cette année, la fête de l'Assomption prend une tournure particulière. Il faut, aujourd'hui, pour aller dans une église, beaucoup de courage - qui est une vertu nécessaire disait dernièrement Chantal Delsol. Du courage pour se dire catholique quand le multiculturalisme refuse tous les éléments d'une «culture dominante» - et donc «oppressive» et donc «exclusive». Du courage pour se référer à une foi chrétienne, quand l'Europe refuse obstinément, contre toutes les évidences historiques, de reconnaître ses «racines chrétiennes» pour ne pas gêner les nouveaux-venus - avant tout musulmans. Du courage pour surmonter ses peurs après tous les attentats des islamistes qui égrènent notre actualité depuis des mois et des mois. Du courage pour assister à une messe après que le père Jacques Hamel, le 26 juillet dernier, ait été égorgé dans son église, comme une bête à l'abattoir, alors même qu'il célébrait l'eucharistie. Du courage pour constater que personne, après ce meurtre barbare, n'a considéré qu'il s'agissait-là d'un «acte christianophobe» - alors que l'accusation «d'islamophobe» est une arme de destruction massive du débat en France. Du courage pour n'avoir pas vu, après le 26 juillet, la France bien pesante se lever en masse pour dire: «je suis catholique». Du courage pour n'avoir pas entendu nos pouvoir publics craindre un enchaînement de violence contre les catholiques alors même qu'un préfet de la république, à Lyon, il y a moins d'un mois, s'est cru autorisé, après des tags sur une mosquée, à considérer qu'il y avait là un avant-gout de «la nuit de Cristal». 
Ce 15 août 2016 sera religieux pour certains et devrait être politique pour tout le monde.
Ce 15 août 2016 sera religieux pour certains et devrait être politique pour tout le monde. Est-il acceptable qu'en France, pour aller dans des synagogues ou pour aller dans des églises, il faille craindre pour sa vie? L'antisémitisme meurtrier est de retour en France. L'anti-catholicisme meurtrier est de retour en France. Et les actes anti-chrétiens sont là - et étaient, en 2012, six fois plus nombreux que les actes antimusulmans alors que des premiers on ne parle jamais et que les seconds évoquent, pour beaucoup, le nazisme. Il nous faut alors poser quelques questions, de nature politique. Est-il encore acceptable de rabrouer systématiquement dans le débat public les opinions émises par des religieux (et particulièrement des prêtres catholiques) sur des sujets de société? Pourquoi ne pas organiser l'Islam de France, habiliter ses imans, clarifier ses financements, expulser les «prêcheurs de haine» - alors que les catholiques ont par deux fois (sous la Révolution Française et entre 1880 et 1914) connu les rigueurs intransigeantes de l'Etat français, avec destruction massive du patrimoine chrétiens, expulsions massive des religieux, reconfiguration violente de l'organisation catholique? Pourquoi s'habituer à cette peur des attentats (dont des attentats contre les religions juives et chrétiennes) qui alimente un climat de guerre civile qui, si rien n'est fait, pourrait déboucher sur plus de violences encore et une violence tout azimut? Faut-il considérer la religion catholique comme un élément parmi d'autres du décor culturel ou comme sa toile de fond, le tissu de sa tapisserie? Est-il permis de considérer la culture nationale, avec en filigrane la culture catholique, comme une «culture d'accueil» à laquelle il faut s'ajuster ou, au contraire, comme le constate Mathieu Bock-Coté, n'avons-nous plus rien à dire de nous-même - sans plus savoir ce que nous défendons quand on nous attaque? La Nation est-elle un cadre vide, l'Europe un territoire sans substance, la Culture un espace sans qualité, la France un no man's land sans histoire? 
Faut-il considérer la religion catholique comme un élément parmi d'autres du décor culturel ou comme sa toile de fond, le tissu de sa tapisserie ?
Tout tient à l'ambiguïté de notre époque post-nationale, post-culturelle, post-religieuse. Tous les problèmes que nous connaissons actuellement, et dans lesquels, comme un appel d'air, s'est engouffré le terrorisme islamique, tiennent à cette ambiguïté même - qui est, avant tout, de nature politique. Le multiculturalisme post-national, depuis trente ans, a gommé les bornes culturelles, les boussoles culturelles, pour mieux noyer le tout dans des principes généraux (les Droits de l'Homme égalitaire, l'amour de la liberté et le sens de la fraternité) qui, pour s'appliquer à tous, ne concerne personne. La difficulté est celle-là: comment dire le particulier, signifier des qualités spécifiques, qualifier une entité nationale quand nos pays deviennent, de plus en plus, des nations creuses, interchangeables, indifférenciées? Comment se dire (avec aussi nos particularités religieuses) quand l'Europe tout entière, est devenue une zone de libre-échange économique et de libre indifférence culturelle? 


Pour le 15 août, Dieu «assume» la Vierge et l'accepte en son paradis. Et si, mutatis mutandis, l'Europe assumait ses marques chrétiennes (comme le préconise Pierre Manent), et si la France reconnaissait sa trame catholique, non pour exclure qui que ce soit, mais pour se dire, pour mieux accueillir, alors cela nous redonnerait un petit goût de paradis! Tel est mon souhait pour ce jour de l'Assomption!
Par Damien Le Guay pour le Figaro Vox.

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