::+:: Jordanie : Pétra, la cité vermeille


Pétra, cité nabatéenne préislamique située au sud de la Jordanie, témoigne d’un style caractéristique, trahissant l’influence des Grecs, des Égyptiens et des Assyriens avec lesquels les Nabatéens étaient en contact. Pétra doit son surnom de "cité vermeille" à la couleur prédominante du grès local. Embarquez pour un voyage inoubliable grâce à cet extrait de notre livre consacré aux plus beaux lieux sacrés.

La vallée isolée, entaillant un massif montagneux semi-désertique, où se niche Pétra fut jadis le refuge des Nabatéens. Cette position stratégique leur assura le contrôle des routes commerçantes traversant le Proche-Orient et ils accumulèrent assez de richesses pour faire naître de la roche une cité splendide.

Le cadre n’a rien perdu de son caractère spectaculaire. L’accès principal à Pétra demeure l’étroit canyon du Siq, qui serpente entre de hautes parois abruptes avant de s’élargir brusquement pour révéler, avec une certaine théâtralité, la façade d’un étrange édifice, mi-église, mi-grotte. Il marque l’entrée de la ville qui se déploie, en direction du nord, dans une vallée allant en s’élargissant. De part et d’autre, des temples et des tombeaux remarquables se détachent des falaises en grès rosé.

Pétra fut habitée pendant mille cinq cents ans, à partir de 400 av. J.-C. Les Romains pénétrèrent la région au Ier siècle av. J.-C., y introduisirent leurs dieux et leurs temples ; puis la ville, comme l’ensemble de l’empire, devint chrétienne au IVe siècle apr. J.-C. Le déplacement des routes marchandes amorça le déclin de Pétra, frappée par un séisme en 363.

Au VIIe siècle, les conquêtes musulmanes isolèrent plus encore la communauté chrétienne de Pétra, qui appela à l’aide Baudouin Ier de Jérusalem à la fin de la première croisade, vers 1100. La ville devint dès lors une place forte des croisés, qui lui inventèrent un passé biblique, la reliant à l’épique périple de Moïse et des Hébreux, poursuivis par les armées de Pharaon, vers la Terre promise. Le principal oued qui alimentait Pétra fut ainsi nommé Wadi Musa et sa source, Ein Musa (« le puits de Moïse »), fut tenue pour l’un des nombreux lieux où le patriarche, suivant le commandement de Dieu, frappa la roche avec son bâton et fit jaillir miraculeusement l’eau.

Après les croisades, Pétra fut abandonnée par ses habitants. Seuls les bergers bédouins y venaient faire paître et boire leurs troupeaux ; les tombeaux rupestres étaient utilisés pour stocker le fourrage d’hiver. La tradition légendaire n’en perdura pas moins, Moïse étant aussi vénéré par les musulmans. Ainsi, ce qui fut peut-être le mausolée du roi nabatéen Aretas IV fut désormais dénommé al-Khazneh al-Faroun (« le trésor de Pharaon »). Le temple principal, certainement dédié jadis au dieu suprême des Nabatéens, Dushârâ, fut appelé Qars Bint al-Faroun (« la demeure de la fille de Pharaon »). Le nom donné à l’imposant monument appelé al-Deir (« le monastère »), creusé et sculpté dans une falaise située à 1 kilomètre au-dessus de la ville, paraît historiquement plus juste : le monument, sans doute un lieu de culte nabatéen, aurait été occupé par des moines chrétiens.

Des siècles plus tard, en 1812, l’explorateur et orientaliste suisse Jean-Louis Burckhardt découvrit les ruines de Pétra et y reconnut la ville mentionnée dans les textes anciens. Son récit inspira une vision romantique, celle d’« une cité vermeille, moitié vieille comme le temps », selon le célèbre sonnet écrit en 1845 par John William Burgon, qui ne l’avait jamais vue. Le flux de visiteurs ne cessa de grossir. Avec 6 000 visites par jour, Pétra est aujourd’hui la principale destination touristique en Jordanie.

L’histoire et les religions se sont superposées à Pétra comme les strates rocheuses. Les pierres, pourtant, ne sont guère bavardes et le passé de la ville ne se dévoile qu’au gré des découvertes archéologiques, qui laissent encore de la place au mystère et à la fascination. Cette splendeur cachée dans le désert hante les visiteurs longtemps après leur départ.

Antony Mason / Editions GEO

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