::+:: Le programme du Pape en Arménie : œcuménisme et hommage aux martyrs

Le Pape François et le patriarche de l’Église apostolique arménienne Karékine II, lors de la messe pour le centenaire du génocide arménien à la basilique Saint-Pierre le 12 avril 2015. - AP

(RV) Le Pape François se rend en Arménie en cette fin de semaine, du vendredi 24 au dimanche 26 juin. Ce voyage a été présenté ce mardi 21 juin en Salle de presse du Saint-Siège. Quinze ans après Saint Jean-Paul II, le Pape François vient réconforter une nation encore pauvre et enclavée, et renforcer les liens œcuméniques entre l’Église catholique et l’Église apostolique arménienne.

Du début à la fin de son séjour, le Pape François sera l’hôte du patriarche de l’Église apostolique arménienne, Karékine II. Le chef de l’Église catholique romaine dînera et dormira à Etchmiadzin, le «saint-siège» de l’Église apostolique arménienne, situé près de la capitale Erevan. Dès son arrivée, le Pape priera à la cathédrale apostolique avec Karékine II, qu’il retrouvera aussi le soir pour un entretien privé, après avoir salué les autorités politiques du pays au Palais présidentiel à Erevan.

Le samedi matin, le Pape visitera le Mémorial de Tsitsernakaberd, dédié aux victimes des massacres de 1915. Il récitera une prière avec le patriarche Karékine II, mais ne prononcera pas de discours. Il rencontrera des descendants des familles qui avaient alors été hébergées à Castel Gandolfo, sous la protection du Pape Benoît XV, une façon de rappeler l’engagement de longue date du Saint-Siège pour le peuple arménien.

François prendra ensuite un avion pour se rendre à Gyumri, la deuxième ville du pays, sinistrée par le séisme de 1988 dont elle porte encore les stigmates. Il célébrera une messe en plein air, une première en Arménie, où les cultes se célèbrent habituellement à l’intérieur des églises.

Le samedi soir, il retournera à Erevan, où 50 000 personnes sont attendues Place de la République pour «une prière pour la paix», en présence de toutes les Églises et du président de la République. Un moment qui prendra une résonance particulière alors que le conflit du Haut-Karabakh, qui oppose l’Arménie et l’Azerbaïdjan, a repris de l’intensité ces derniers mois.

Enfin le dimanche, deux temps forts : le Pape François assistera à une Divine Liturgie à Etchmiadzin, puis l’après-midi il se rendra à Khor Virap, à quelques mètres de la frontière turque. Il visitera un monastère qui fut le lieu de détention de saint Grégoire l’Illuminateur, le moine qui avait ensuite baptisé son persécuteur, le roi d’Arménie, au début du IVe siècle.

Ce 14e voyage apostolique du Pape François, qui lui permettra de visiter son 22e pays depuis le début de son pontificat, prendra une résonance particulière à plusieurs titres.

Le Pape est invité par l’Église apostolique arménienne, avec laquelle l’Église catholique entretient des relations très amicales depuis plusieurs décennies. C’est le même patriarche, Karékine II, qui avait reçu Jean-Paul II en 2001. Il a déjà rencontré le Pape François à deux reprises à Rome : en 2013 lors de sa messe d’installation, et en 2015 lors de l’émouvante messe pour l’Arménie célébrée à la basilique Saint-Pierre. Une messe durant laquelle le Pape François avait qualifié les massacres d’Arméniens de 1915 comme le «premier génocide du XXe siècle», reprenant les termes déclaration conjointe signée en 2001 par Jean-Paul II et Karékine II.

Le Pape répond aussi à l’invitation du président de la République, Serge Sargissian, qui l’avait rencontré à Rome à l’occasion de la messe du 12 avril 2015. Il l’accompagnera dans plusieurs étapes de sa visite, au Palais présidentiel bien sûr, mais aussi au Mémorial de Tsitsernakaberd, et il participera à la prière pour la paix, le samedi soir. Pour l’État arménien, qui exerce son autorité sur un territoire enclavé de 30 000 km2 pour trois millions d’habitants, et souffre de l’émigration de ses élites, cette visite du Pape François offre une occasion importante de visibilité internationale.

Enfin, il s’agit aussi d’une visite du chef de l’Église catholique auprès des Arméniens catholiques, qui sont peu nombreux en Arménie même, mais sont surtout très présents dans la diaspora. L’Église arménienne catholique représente au total près de 600 000 fidèles à l’échelle mondiale.

Plusieurs communautés religieuses catholiques sont actives en Arménie, notamment les Missionnaires de la Charité et les Camilliens. Le samedi midi, le pape déjeunera en privé dans le couvent des sœurs arméniennes de l’Immaculée Conception, à Gyumri. Ces religieuses jouent un rôle social très important, notamment pour les enfants des familles les plus pauvres, ruinées par le séisme de 1988. La visite du Pape François dans l’orphelinat qu’elles tiennent, peut être considérée comme un acte du Jubilé de la Miséricorde.

Première étape d’une tournée dans le Caucase

Il faut aussi préciser que ce voyage en Arménie est la première étape d’une série de voyages du Pape dans le Caucase. Le Saint-Père se rendra en Géorgie et en Azerbaïdjan en septembre et octobre.

Le programme initial prévoyait de visiter ces trois pays en un seul voyage, mais la participation prévue (et finalement annulée) du patriarche de l’Église orthodoxe de Géorgie au Concile panorthodoxe qui se déroule actuellement en Crète rendait cette étape géorgienne impossible à organiser durant cette période. Par ailleurs, on peut penser que les tensions dans le Caucase ont été prises en compte, notamment le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sur la question du Haut-Karabakh. Il a donc finalement été décidé de scinder cette tournée caucasienne et de consacrer à l’Arménie un voyage spécifique.

En 2001, l’étape arménienne de Jean-Paul II faisait partie d’un voyage plus vaste qui avait aussi mené le Pape polonais au Kazakhstan, autre ancienne république soviétique qui fêtait cette année-là ses 10 ans d’indépendance.

Ce voyage du Pape François en Arménie est donc aussi une marque de reconnaissance spécifique pour l’Arménie, nation martyrisée au cours de l’Histoire, mais restée fidèle à sa foi chrétienne. Le «premier pays chrétien du monde», comme le rappelle la devise de ce voyage du Pape François, avait fait du christianisme sa religion d’État dès l’an 301, avant même l’Empire romain, et ne l’a jamais reniée.

(BH-CV)

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