::+:: Le pape enseigne la miséricorde aux prêtres en trois méditations


Trois méditations en trois lieux. Matin, midi et après-midi, le pape François a consacré sa journée de jeudi 2 juin aux prêtres, venus du monde entier à Rome pour leur jubilé dans le cadre de l’Année sainte de la miséricorde. Celle-ci a servi de fil conducteur aux longues interventions du pape, qui, sans discours programmatique ni annonce spectaculaire, s’est attaché à décrire les dispositions spirituelles qu’il attend de ses pasteurs.

« La première réforme doit être celle de la manière d’être », avait-il déclaré au début de son pontificat dans son entretien aux revues jésuites. Ses textes de jeudi, richement référencés, forment un triptyque de cette « manière d’être » à l’usage des prêtres, déployé successivement dans les basiliques de Saint-Jean-de-Latran, Sainte Marie majeure et Saint-Paul-hors-les-Murs. Avec la miséricorde comme viatique et horizon. « Être miséricordieux ce n’est pas seulement une manière mais la manière d’être », a déclaré le pape. Cela implique, dit-il, que les prêtres ne se croient pas meilleurs que leurs fidèles. Au Latran, le matin, le pape a axé sa première méditation sur la dynamique qui doit jaillir, selon lui, « du fait de (se) sentir objet de miséricorde au désir de faire miséricorde ».


Simon Pierre, une « pierre fragile qui a été assainie »

Une mise en mouvement de la honte à la dignité dans laquelle il a cherché à entraîner son auditoire en multipliant les oppositions duales. Celle de la figure évangélique du fils prodigue, qui passe « de l’éloignement » honteux de chez lui « à la fête » que donne son père à son retour. Celle encore de Simon Pierre, double nom dont le premier renvoie aux faiblesses du pécheur et le second au guide qui se laisse corriger par le Christ. Seule cette dualité, cette « tension intime »continue, « allume la miséricorde ». « Si la flamme ne prend pas, c’est que l’un des pôles ne permet pas le contact », a expliqué le pape.

Ce Simon Pierre, a-t-il poursuivi, à midi à Sainte Marie majeure, est une « pierre fragile qui a été assainie, non une pierre qui dans sa robustesse conduit le plus faible à trébucher ». Son 265e successeur a ainsi mis en garde les prêtres contre l’endurcissement des cœurs, l’aveuglement devant la misère, le traitement clinique, à distance et aux seules horaires prévus, de « cas » et non de personnes à guérir, à la façon d’un « cabinet professionnel ». Le pape a invité au contraire les prêtres à avoir des « cœurs re-créés », à ne pas craindre d’aller pleurer devant la Vierge Marie et à s’inspirer de son « regard indulgent et bon » envers les personnes : « Si nous ne déchiffrons pas leurs souffrances, si nous ne nous rendons pas compte de leurs besoins, nous ne pourrons rien leur offrir. »


Celui qui demande aux pasteurs de connaître « l’odeur des brebis » les a invités de surcroît jeudi à « sentir la forte odeur de la misère – dans les hôpitaux de campagne, dans les trains et dans les barques remplies de gens », en allusion aux migrants. Il les a pressés de réagir non par des gestes ponctuels mais par des œuvres de miséricorde à institutionnaliser.

Le ton ne fut jamais dur

Au-delà, le pape a demandé aux prêtres, dans sa dernière intervention depuis Saint-Paul-hors-les-Murs, à être avant tout des instruments désintéressés, les « serviteurs inutiles », de la rencontre entre Dieu et les hommes. Au moyen de « cette miséricorde qui, valorisant ce qui est bon, prépare le terrain à une rencontre de la personne avec Dieu dans l’avenir, au lieu de l’éloigner par une critique sur un point particulier ». Une attitude ouverte que le pape encourage déjà largement dans son exhortation à la suite des synodes sur la famille, Amoris laetitia. Jeudi, il a encore mis en exergue « la délicatesse de la miséricorde qui regarde avec pitié le passé et encourage pour l’avenir », invitant à confesser dans cette perspective.


Le ton ne fut toutefois jamais dur, ni le propos accablant à l’endroit des prêtres. Les paroles du pape ont témoigné du souci de prévenir leur dessèchement intérieur, comme il s’en inquiète souvent devant les évêques. La douceur de sa voix, la générosité de son temps, ses pointes d’humour, ses anecdotes et ses prières conclusives ont pu aussi corriger l’impression, souvent ressentie par les jeunes prêtres, que ce pape ne les apprécierait guère. Sans charger leurs épaules de nouveaux fardeaux, il leur a d’abord fait prendre conscience combien, dans chacune de leur « manière d’être », se jouait au quotidien la véritable réforme de son Église.

Sébastien Maillard, à Rome pour le journal La Croix

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