::+:: Le pape demande aux prêtres de se laisser déranger


Être un pasteur et non « un inspecteur ». Ne pas être un « comptable de l’esprit mais un bon samaritain à la recherche de celui qui a besoin ». Le pape François a multiplié les comparaisons et métaphores pour décrire au mieux les dispositions du cœur, à la fois libre et inquiet, qui doit battre en chaque prêtre. Son homélie de vendredi 3 juin peut se lire comme le portrait-type du pasteur que le pape souhaite pour son Église.

« Celui qui ne veut plus entrer par la porte »

Il l’a prononcée avec conviction place Saint-Pierre, devant une foule en aube blanche qui en remplissait la moitié. Des milliers de prêtres venus du monde entier à Rome pour le jubilé, dont la messe en la solennité du Sacré-Cœur de Jésus marquait la clôture. La veille, le pape leur avait livré trois longues méditations sur la miséricorde dans le cadre de l’Année sainte. Son homélie est comme un résumé de la manière d’être du pasteur qu’il a décrite à ces trois occasions.


Comme la fête du Sacré-Cœur y invitait, le pape François a souligné les deux pôles qui doivent orienter le cœur de chaque prêtre : « le Seigneur et les gens », « vers Dieu et vers les frères », ou encore « le Tu de Dieu et le nous des hommes ».

A l’appui de l’évangile du jour sur la brebis égarée (Luc 15, 3-7), il a pressé les prêtres non seulement de tenir les portes de leurs églises ouvertes mais de sortir « à la recherche de celui qui ne veut plus entrer par la porte » : « (Le pasteur) désire rassembler les brebis qui ne demeurent pas encore avec (Dieu) ». Une invitation qui s’inscrit dans celle plus large d’aller aux périphéries existentielles des hommes, que Jorge Bergoglio ne cesse de lancer à son Église depuis le début de son pontificat.

« Heures de service »

Pour cela, le pape veut des prêtres qui se dépensent sans compter. Leur cœur « n’exige jamais de ne pas être dérangé ». À deux reprises dans son homélie, comme la veille dans ses interventions, il a insisté sur l’absence d’« heures de service » ou d’« horaires de travail » pour un pasteur.

Comme autres attitudes, il a mis en avant celle de « se salir les mains pour tous » et de tendre « la main en premier » – comme lui le fait avec tous ses interlocuteurs. L’attitude aussi de « corriger (…) toujours pour approcher », de ne pas « (gronder) celui qui laisse ou qui perd la route », de pardonner « avec une généreuse compassion » et de rendre « la dureté (…) étrangère ».

« La joie du prêtre »

Le pape François, qui s’était attardé lors d’une messe chrismale sur la légitime fatigue du prêtre, a reconnu que la « tristesse » pouvait être « passagère ». Mais l’auteur d’Evangelii gaudium et d’Amoris laetitia a surtout insisté sur « la joie du prêtre », « serein intérieurement ». « Il est heureux d’être un canal de miséricorde, d’approcher l’homme au Cœur de Dieu », a-t-il conclu en écho à son rappel, la veille, que tout prêtre serve de médiateur de la rencontre entre Dieu et les hommes.

Ce jubilé aura servi à rapprocher le pape François des prêtres, qui lui reprochent, comme il l’a reconnu à la fin de dernière méditation le 2 juin, d’être trop souvent dur envers eux. La fin de la messe de ce jour lui aura offert l’occasion d’être chaleureusement embrassé par beaucoup. Le pape Bergoglio, qui, la veille, leur avait recommandé d’avoir de l’humour, a bien ri au milieu d’eux. Son homélie comme ses trois autres interventions rendent compte toutefois de la haute exigence qu’il place en eux.

Sébastien Maillard (à Rome) pour le journal La Croix.

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