::+:: Le pape a rencontré Mgr Fellay, patron des intégristes


Tête-à-tête sulfureux au Vatican. Samedi, pour la première fois, le pape François a rencontré Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Si rien n’a filtré sur le contenu de cet échange, le Saint-Siège se refusant à donner des précisions, elle pourrait accréditer la thèse selon laquelle le Saint-Père pourrait reconnaître unilatéralement cette année encore les intégristes d’Ecône et offrir une prélature personnelle à Mgr Fellay (Le Temps, 2.03.2016). Soit un statut quasi identique à celui de l’Opus Dei. La Fraternité deviendrait alors un genre de super diocèse mondial, directement sous autorité papale.


François avait déjà offert à Ecône un petit acompte en automne dernier pour l’année sainte du jubilé de la Miséricorde: il avait reconnu aux prêtres de la Fraternité le pouvoir d’absolution en confession. Il avait alors déclaré «avoir confiance que dans un avenir proche, on pourra trouver des solutions pour retrouver une pleine communion avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité». Un geste de bienveillance en vue du grand pardon? Il se pourrait que la récente rencontre entre le souverain pontife et l’évêque intégriste en soit le signe. Ou non. Car une source bien informée souffle que Mgr Fellay aurait informé des proches que ce thème n’aurait pas été abordé lors de cet entretien.

Ils refusent l’autorité du pape


On peine à le croire. Car de quoi aurait-il pu être question sinon cela? Le courant schismatique embarrasse le Vatican depuis 1988. Le fondateur de la Fraternité, Mgr Lefebvre, ordonne cette année-là quatre évêques en désobéissant au pape, qui les excommunie aussitôt. En conséquence de quoi, la Fraternité perd son statut canonique et ses prêtres commencent à exercer sans légitimation. Il faut dire que les intégristes refusent alors les principaux aspects de Vatican II, la liberté religieuse ainsi que l’œcuménisme. En 2009, las de cette vieille querelle, Benoît XVI lève l’excommunication des évêques et se montre plus tolérant à l’égard de l’ancien rite pour célébrer la messe. Pour autant, les intégristes ne répondent pas à l’indulgence par la bénévolence: ils se refusent toujours à reconnaître l’autorité du pape, considéré comme un dangereux moderniste, et celle de Vatican II, bréviaire impie. Rien n’y fait, et le dialogue entamé sous l’égide la commission Ecclesia Dei est interrompu en 2012.

Mais c’est peut-être sans compter avec la personnalité du pape François, décrit par plusieurs observateurs comme un pragmatique qui ne s’embarrasse que peu des questions théologiques. Il se pourrait que compte davantage, pour lui, la cessation des hostilités. Une bienveillance que nombre d’évêques et de cardinaux de la Curie redoutent. Car une reconnaissance officielle de la Fraternité ferait de celle-ci une chapelle échappant à leur autorité et prêchant un catholicisme d’un autre siècle, dont certains représentants sont antisémites et entretiennent des liens avec l’extrême-droite. On verra bientôt si ce ne sont, pour François, que péchés véniels.

par Laure Lugon Zugravu Journaliste enquêtrice à la rédaction de Genève pour Le Temps

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