::+:: Le pape François veut reconquérir Genève, la "Rome protestante"




Il s'appelle Pascal Desthieux. Né à Genève il y a 45 ans, il a toujours voulu être prêtre. Ordonné à Lausanne en 1997, ce docteur en théologie vient d'être nommé vicaire épiscopal, avec pour mission de créer un évêché dans la ville du bout du lac. La tâche sera loin d'être facile. Pierre de La Baume, le dernier prélat de Genève, a été chassé par la population en 1533. Beaucoup plus tard, en 1865, le pape Pie IX avait bien tenté d'imposer l'abbé Mermillod comme évêque auxiliaire de Genève. Mais le pauvre religieux n'aura tenu que du 30 novembre au 7 décembre 1865, le temps que le Conseil fédéral (le gouvernement) l'expulse de Suisse…

En 1874, Berne inscrit même dans sa Constitution qu'un évêché ne peut pas être érigé sur son territoire sans sa bénédiction. Depuis, les relations se sont réchauffées avec le Vatican, et l'article 72 a finalement été abrogé en 2001. Malgré tout, l'Église catholique avance encore avec une extrême prudence. Genève est encore considérée par beaucoup de réformés comme la Rome protestante. L'année dernière, Charles Morerod, l'évêque de Fribourg, profite de son voyage au Vatican pour expliquer au pape François qu'il est difficile d'être proche des fidèles quand on supervise un si grand diocèse.

La hache de guerre n'est pas déterrée

En effet, l'évêché est installé dans la petite ville de Fribourg (30 000 habitants), près de Berne, à 140 kilomètres de Genève. Le message est limpide : pour mieux faire, il faut une proximité pastorale. Le pape François laisse filtrer le message… et observe les réactions. Contrairement au passé, l'Église protestante de Genève n'entend pas déterrer la hache de guerre. Son président, le pasteur Emmanuel Fuchs, se contente de déclarer dans la presse : « Il faudra que nous discutions de l'impact que cela pourra avoir. Tout dépend si le nouvel évêque est une personne du cru, qui connaît l'histoire religieuse de Genève et saura s'inscrire dans sa longue tradition œcuménique. »

Message reçu. Pascal Desthieux est justement né à Genève, dans le quartier des Eaux-Vives. Après avoir été curé à Romont, dans le canton de Fribourg, il est revenu à Genève en 2011 pour s'occuper de la paroisse Saint-Joseph aux Eaux-Vives. À peine nommé vicaire épiscopal, Pascal Desthieux n'a pas caché que sa mission était effectivement de plancher sur la création d'un évêché à Genève (500 000 habitants). Interrogé sur la place des gays et des divorcés remariés dans l'Église catholique, il répond dans le quotidien Le Temps, qui lui consacre un grand portrait : « Qui suis-je pour refuser la communion à qui que ce soit ? Je m'inscris dans la ligne d'ouverture du pape François. »

L'ordination des hommes mariés

Aux côtés de l'Église protestante et l'Église catholique romaine, la Suisse reconnaît l'Église catholique chrétienne, constituée en 1872 par des libéraux qui s'opposaient au dogme de l'infaillibilité papale. Dans cette petite église, les prêtres sont élus et peuvent se marier. Que pense alors le nouveau vicaire épiscopal de Genève de l'ordination des hommes mariés ? Il répond que le pape François « ne s'est pas a priori déclaré hostile ». Avant même de devenir évêque, Pascal Desthieux est déjà très politique.

Correspondant à Genève, Ian HAMEL pour Le Point

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