::+:: Trump, Barbarin : les conférences de presse à haut-risques du pape François


C'est devenu l'une des marques de fabrique du pontificat du pape François. Alors que ses deux prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI, donnaient des conférences de presse dans l'avion qui les conduisaient vers le pays qu'ils visitaient, François a choisi de les donner - au retour - de voyage de façon à limiter le risque de mauvaise interprétation.

Ce fut notoirement le cas pour Benoît XVI dont une phrase - déformée - sur le préservatif et le sida lors de son voyage africain au Cameroun et en Ouganda en mars 2009, anéantit totalement son message pour ces pays. Le seul écho médiatique retenu fut cette polémique qui couvrit tout le déplacement et qui coûta cher à l'image de ce pape déjà peu considéré dans les médias.

Le pape François vient de faire l'expérience du haut risque médiatique de ces conférences de presse de haute altitude. Qu'elles soient donc données à l'aller ou au retour d'un voyage. 

Deux phrases au moins, dans la conférence de presse qu'il a accordée dans la nuit de mercredi 17 à jeudi 18 février, dans l'avion qui le ramenait du Mexique vers Rome, ont fait polémiques. L'une met en cause le candidat à la présidence américaine, Donald Trump, l'autre, le cardinal Philippe Barbarin.

D'abord remarque préalable sur l'exercice même de ces conférences de presse puis quelques précisions utiles sur le fond de ces deux affaires. 
"Aujourd'hui tout étant filmé et enregistré, il n'est plus possible de résumer une phrase comme ce fut fait pour l'affaire de Benoît XVI. L'agence de presse qui lança la polémique à l'époque ne l'avait pas fait sur la base d'un enregistrement mais de notes prises à la volée. Et mal traduites qui plus est".

Les conférences de presse - même pour des personnalités rodées à la prise de parole comportent par nature un risque important d'interprétations erronées. 

Ce risque est parfois lié à un manque de professionnalisme qui consiste à sortir une phrase de son contexte pour l'appliquer, comme argument massue, à une situation qui n'a rien à voir. 

Ce risque est tout autant liée l'ambiguïté d'un propos qui peut être compris de manière opposée.

L'écrasante majorité des journalistes - que l'on accuse très vite - ont pour première règle la rigueur quant à l'exactitude des propos qui ont effectivement prononcé par les personnalités qu'ils suivent. 

Aujourd'hui tout étant filmé et enregistré, il n'est plus possible de résumer une phrase comme ce fut fait pour l'affaire de Benoît XVI. L'agence de presse qui lança la polémique à l'époque ne l'avait pas fait sur la base d'un enregistrement mais de notes prises à la volée. Et mal traduites qui plus est.

Dernier élément sur l'exercice des conférences de presse, le pape François et sa personnalité. Il affectionne la spontanéité et le contact direct avec les journalistes au point parfois de devenir son propre porte-parole. 

Cela peut très bien fonctionner. Ainsi, cette fois dans la soirée du vendredi 12 février. Moins d'une heure après la signature d'une déclaration commune avec le patriarche de Moscou Kirill à La Havane, François est venu commenter devant les 75 journalistes internationaux qui l'accompagnaient cet événement historique dans l'avion alors que le vol prenait le cap vers Mexico après cette escale de trois heures.

Mais la communication peut se gripper. Ainsi de cette conférence de presse sur le vol retour de Mexico à Cuba. Car il y a un facteur humain qui joue et qui n'est pas négligeable: la fatigue… 
"Voilà pour les risques pris dans ce genre d'exercice que toutes les personnalités connaissent : la fatigue, la petite phrase de trop, l'ambiguïté d'un propos. Très peu d'ailleurs donnent des conférences de presse officielle en vol mais seulement des entretiens « off the record » non destinés à être cités".

Alors qu'en quittant l'île de Cuba, François, 79 ans, n'avait «que» 13 heures de vol depuis Rome, plus les 3 heures de cette rencontre mais il cumulait, mercredi soir, six journées intenses de voyages, avec plus de vingt rendez-vous rassemblant des dizaines de milliers de personnes et autant de discours, de bains de foule, dont trois journées, - les trois dernières - avec des déplacements aériens matin et soir… 

Pour ne parler que du dernier jour de voyage, à Ciudad Juarez, quand le pape a pris la parole devant les journalistes - et pour une heure durant, debout, devant eux, au fond de l'appareil - il était en heure locale, 20 heures (4 h du matin heure de Paris) d'une journée commencée pour lui à 6h, avec deux heures de vol pour aller dans le nord du Mexique, d'une visite dans une prison, d'une rencontre avec les chefs d'entreprise mexicains puis d'une messe géante en pleine chaleur l'après-midi à la frontière américaine juste avant de prendre l'avion du retour vers Rome…

Voilà pour les risques pris dans ce genre d'exercice que toutes les personnalités connaissent: la fatigue, la petite phrase de trop, l'ambiguïté d'un propos. Très peu d'ailleurs donnent des conférences de presse officielle en vol mais seulement des entretiens «off the record» non destinés à être cités.

Qu'en est-il maintenant du fond de ces deux affaires? Impossible ici d'entrer dans les détails de ces deux sujets, on se limitera à analyse du sens précis des deux phrases qui ont fait polémique.

La première concerne Donald Trump. Le pape répond à une double question. L'une porte sur le projet du candidat à la maison blanche de renforcer pour le rendre étanche le mur qui sépare les Etats-Unis du Mexique et qui a déjà accusé le pape de faire de la politique au profit de l'Amérique Latine et du Mexique en particulier. L'autre, sur le fait de savoir si un catholique américain peut voter pour lui.

Voici la réponse enregistrée en version originale italien et sa traduction: 

“Ma, grazie a Dio che ha detto che io sono politico, perché Aristotele definisce la persona umana come “animal politicus”: almeno sono persona umana! E che sono una pedina… mah, forse, non so… lo lascio al giudizio vostro, della gente… E poi, una persona che pensa soltanto a fare muri, sia dove sia, e non a fare ponti, non è cristiana. Questo non è nel Vangelo. Poi, quello che mi diceva, cosa consiglierei, votare o non votare: non mi immischio. Soltanto dico: se dice queste cose, quest'uomo non è cristiano. Bisogna vedere se lui ha detto queste cose. E per questo do il beneficio del dubbio.”

“Mais, s'il a dit que je suis politique c'est grâce à Dieu, parce qu'Aristote définit la personne humaine comme un “animal politique”: au moins, je suis un personne humaine! Et que je suis un pion… bon, peut-être, je ne sais pas… Je laisse cela à votre jugement et à celui des gens. Et puis, quand une personne ne pense qu'à faire des murs, quel que soit l'endroit où elle se trouve, et à ne pas faire de ponts, elle n'est pas chrétienne. Cela n'est pas l'Evangile. Et puis, ce que vous me demandiez, ce que je conseillerais, voter ou ne pas voter: je ne me mêle pas de cela. Je dis seulement une chose: s'il dit cela, cet homme n'est pas chrétien. Il faut voir s'il dit ces choses. Et, pour cela, j'accorde le bénéfice du doute».

Beaucoup de journaux ont titré sur la prise de position du pape «contre» le candidat Trump, ne retenant que la phrase, «cet homme n'est pas chrétien»

Dans un premier temps, Trump a fortement réagi: «qu'un leader religieux mette en doute la foi d'une personne est honteux!“» Puis il s'est ravisé dans la soirée devant l'ampleur de la polémique qualifiant finalement dans la soirée le pape François de “type formidable“ et précisant: “Je n'aime pas me battre avec le pape, j'aime sa personnalité, j'aime ce qu'il représente et j'ai un grand respect pour sa fonction“.

Le Vatican, pour sa part, en la personne du Père Lombardi, porte-parole a précisé dans la soirée de vendredi 19 février: «Le pape dit ce que nous savons bien quand nous suivons son magistère et ses positions: le besoin n'est pas de construire des murs mais des ponts. Cela, il le dit toujours, continuellement, y compris pour ce qui est des migrations en Europe. Ce qu'il a dit n'est donc pas limité à un cas. C'est une attitude générale, très cohérente, qui consiste à suivre avec courage, les indications contenues dans l'Evangiles, sur l'accueil et sur la solidarité. Naturellement ceci a été très lancé mais ce n'est pas ce que cela voulait être. Ce ne fut d'aucune manière, une attaque personnelle, ni une indication de vote. Le pape a dit clairement qu'il n'entrait pas dans les questions de vote dans la campagne électorale aux Etats-Unis et a précisé - ce qui n'a pas été naturellement repris - qu'il y avait le bénéfice du doute sur ce que ce candidat avait effectivement vraiment dit».

Quant à l'affaire “Barbarin” l'archevêque de Lyon est actuellement accusé par une association de victimes d'un prêtre pédophile d'avoir couvert les agissements de ce clerc. Une phrase du pape dans cette conférence de presse, totalement coupée de ce contexte, lui a été appliquée ce vendredi dans certains médias laissant entendre que François demandait à l'archevêque de «démissionner».

La question qui a été posée au pape le fut par un journaliste mexicain. Elle portait sur l'affaire Maciel, le fondateur mexicain des Légionnaires du Christ, dont «les victimes continuent à ne pas se sentir protégés par l'Eglise». Le but était de savoir si le pape pensait rencontrer des victimes de prêtres pédophiles et ce qu'il pensait des évêques, confrontés à ce problème, qui se contentent «simplement de changer» ces prêtres de paroisses.

Avant d'évoquer l'affaire Maciel, le pape a commencé sa réponse en espagnol par cette phrase:

«Un obispo que cambia un sacerdote de parroquia cuando se detecta una pederastia es un inconsciente y lo mejor que puede hacer es presentar la renuncia, ¿clarito?”

“Un évêque qui change de paroisse un prêtre quand s'est vérifié un cas de pédophilie, est un inconscient et la meilleure chose qu'il puisse faire est de présenter sa démission. C'est clair?»

Ce que certains ont interprété en France comme étant un appel du pape à la démission du cardinal Barbarin…

Le même porte-parole du Vatican a donc dû préciser vendredi soir: «Non! Cela n'a absolument aucun fondement. La question a été posée par un journaliste mexicain, qui avait l'affaire du Père Maciel en tête et la situation des Etats-Unis». Concluant: «Le cas du cardinal Barbarin est complétement différent. Il n'a absolument pas pris d'initiatives pour couvrir [un prêtre pédophile, ndr ] mais il s'est trouvé confronté à une situation qui remontait à plusieurs années, et pour laquelle il n'y avait pas eu d'accusations particulières, il a toujours affronté la question avec une extrême responsabilité. Donc je ne considère pas que cette réponse du Pape puisse se référer à ce cas qui est délicat, complexe et dans laquelle le cardinal, me semble-t-il, avance avec beaucoup de responsabilités.»

Par Jean-Marie Génois pour le Figaro.fr

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