::+:: Le silence assourdissant de l’Eglise polonaise


La Pologne n’a pas bonne presse depuis que le parti PiS (Droit et Justice), présidé par Jaroslaw Kaczynski, s’est emparé du pouvoir à la faveur des élections démocratiques du 25 octobre dernier, lesquelles n’ont attiré dans les isoloirs que 50,92 % du corps électoral. De fait, le bouleversement du paysage politique local, marqué par la disparition de la gauche et la marginalisation (16 députés sur 460) du parti paysan sur les bancs de la Diète et du Sénat, a facilité des réformes - plus exactement : les palinodies - qui ne laissent pas d’inquiéter urbi et orbi, sauf dans les capitales où les "Eurosceptiques" tiennent le haut du pavé.

Plusieurs dispositions prises par les nouvelles autorités de Varsovie contreviennent de toute évidence aux usages en vigueur sur le Vieux Continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Frans Timmermans, le premier vice-président de la Commission européenne s’en est ému publiquement, au nom de l’obligation qui lui est faite de veiller au respect de l’Etat de droit sur tout le territoire de l’Union. Une procédure dite de sauvegarde a d’ailleurs été déclenchée pour remédier aux dérives dont souffrent nombre de citoyens polonais.

Agacée, Varsovie s’emploie à se justifier : le 18 janvier, le président Andrzej Duda est venu s’expliquer à Bruxelles avec Donald Tusk (sans qu’il soit possible d’imputer des erreurs de traduction aux interprètes…) et, le lendemain, le Premier ministre Beata Szydlo a tenté de convaincre les députés européens, réunis à Strasbourg, que son pays, si durement éprouvé par les exactions nazies et les perversités de la souveraineté limitée imposée par l’URSS, se voulait attentif aux principes démocratiques sur lesquels repose la construction européenne. Ce qui ne l’a pas détournée de proclamer que "les problèmes polonais doivent être discutés en Pologne". Bref, c’est bien un dialogue de sourds qui se trouve engagé sur la base d’un postulat digne des temps de la stagnation brejnevienne, quand Moscou se retranchait derrière sa vieille doctrine de non immixion dans les affaires intérieures, chaque fois que les Occidentaux dénonçaient les abus du pouvoir communiste.

Le contrôle des médias


A vrai dire, les foucades du gouvernement polonais sont déconcertantes. On s’explique mal, en effet, que les responsables d’un pays qui a tant pâti du totalitarisme mettent en place un système aussi étroitement apparenté à celui qu’ils mirent tant d’énergie, pour la plupart, à combattre. Comment comprendre, en effet, que PiS ait confié au ministre du Trésor le contrôle des médias et l’ait chargé, par le seul fait du prince, de nommer ou révoquer la direction des grandes chaînes télévisées, ce qui a conduit jusqu’au limogeage de Piotr Krasko, le brillant journaliste polyglotte qui présentait "Wiadomosci", le journal de 19h30 ? Comment admettre qu’il ait également paralysé le Tribunal constitutionnel en refusant le choix des juges fait par le Parlement sortant pour en choisir d’autres et en imposant que leurs décisions ne soient plus adoptées à la majorité simple, mais à deux tiers des voix ? Comment tolérer aussi qu’il entende réformer le fonctionnement de la police et du parquet (jusqu’ici indépendant) pour les mettre sous la seule tutelle de Zbigniew Ziobro, le ministre de la Justice ? Tout cela dépasse l’entendement, d’autant plus que (sauf erreur) pendant la campagne électorale qui précéda les législatives, aucun signe annonciateur de ces mesures écœurantes ne fut enregistré.

A l’exemple de Lech Walesa


A la suite de ces ordonnances iniques, nombre d’intellectuels ont réagi. Dès le mois de novembre dernier, ils ont fondé le KOD (comité de défense de la démocratie), se référant symboliquement au KOR qui, sous le régime communiste, prit la défense des ouvriers mis au chômage (sans aucun revenu) pour les punir, à l’exemple de Lech Walesa, de leur militantisme au sein de l’opposition. Ce mouvement organise des manifestations. Des milliers de personnes ont déjà défilé dans plusieurs villes du pays et sont déterminées à poursuivre leur action, même si le pouvoir n’y prête jusqu’à présent aucune attention.

L’Eglise en résistance,


Mais, dans ce contexte pénible, un phénomène interpellant mérite d’être relevé : le silence assourdissant de l’Eglise polonaise. Maltraitée par les vassaux staliniens qui jetèrent le cardinal Wyszynski en prison et l’y firent croupir de 1953 à 1956, elle entra en résistance, ce que Czeslaw Milosz, prix Nobel de littérature, commenta en écrivant que "les nefs des églises étaient le seul lieu que n’atteignait pas le mensonge bureaucratique, tandis que le latin d’église permettait de conserver confiance dans la valeur de la parole humaine qui, en dehors de cela, était humiliée et assujettie aux tâches les plus exécrables". Au fil des années, elle regagna du terrain, fit construire des lieux du culte, rendit vie à Tygodnik Powszechny, un prestigieux hebdomadaire catholique de Cracovie. Elle obtint que les enfants puissent à nouveau bénéficier d’un enseignement religieux à l’école, pour autant que leurs parents aient le courage d’en faire la demande par écrit. Sous l’impulsion du cardinal Wojtyla, le futur Jean-Paul II, elle apporta une assistance pécuniaire aux proscrits du régime, par le truchement du KOR. Quant au père Popieluszko, il ne craignit pas de célébrer des messes pour la patrie, autant de réquisitoires impitoyables contre les méthodes communistes - ce qu’il paya hélas de sa vie. Installé au Vatican, Jean-Paul II, qui ne ménagea guère ses efforts pour soutenir "Solidarnosc", finit même par jouer un rôle essentiel dans l’effondrement du totalitarisme en Europe de l’Est…

Comme l’Eglise orthodoxe russe


Aujourd’hui, force est de s’interroger : l’épiscopat polonais aurait-il oublié les hauts faits d’armes des grands hommes sortis de ses séminaires ? Sous prétexte que la clique du PiS chouchoute les milieux ecclésiastiques, défend les positions doctrinales en honneur à Rome et se prépare à recevoir avec le plus grand faste le Saint-père, Mgr Wojciech Polak (archevêque de Gniezno et primat de Pologne depuis le printemps 2014 - il avait 25 ans en 1989…) et ses principaux collaborateurs se taisent dans toutes les langues, s’ils n’apportent pas un soutien, plus ou moins voilé, à PiS. Ils ne paraissent guère s’émouvoir d’une évolution politique que de nombreux citoyens (des intellectuels pour la plupart) jugent insupportable, parce que de nature dictatoriale. Las, en observant les choses de Sirius, l’épiscopat polonais renonce implicitement au rôle qui fut le sien - celui que détiennent les trop rares autorités morales au sein de la société. Pareille attitude risque de le discréditer et de lui donner un regrettable air de famille avec l’Eglise orthodoxe russe si complaisante envers le personnel du Kremlin.
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Info La Libre.be

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