::+:: La messe surréaliste du pape François à la frontière entre le Mexique et les États-Unis



EN IMAGES/VIDÉO - Le Pape, qui s'oppose à la politique nord-américaine visant à rendre encore plus étanche cette frontière, a conclu son voyage au Mexique en célébrant une messe géante pour promouvoir «les droits des migrants».
De l'envoyé spécial à Ciudad Juarez pour Le Figaro

C'est au ras de la frontière avec les États-Unis que François a conclu, mercredi soir, son voyage au Mexique. L'autel où il a célébré une messe géante en plein air devant une immense foule se trouvait à moins de cent mètres des grillages et des barbelés, au long du Rio Grande, ou Rio Bravo, selon le pays où l'on se trouve, ce fleuve qui sépare les deux pays dans cette ville du nord du pays, Ciudad Juarez. Une Croix du migrant avait même été dressée au plus près de cette ligne sur un monticule, dominant la frontière, où François est allé se recueillir avant de commencer la messe, saluant au passage, des Mexicains qui suivaient l'office, derrière les grillages mais… côté États-Unis. 

Un message mondial sur l'immigration


François avait même ajouté au dernier moment, un paragraphe à leur intention dans son homélie qui a été très applaudie. «Aucune frontière ne pourra nous empêcher de partager l'amour miséricordieux que Dieu nous donne» furent donc les derniers mots d'un Pape qui s'oppose à la politique nord-américaine - un sujet majeur de la campagne électorale aux États-Unis -, visant à rendre encore plus étanche cette frontière avec le Mexique et toute l'Amérique Latine. Trente millions de Mexicains vivent actuellement aux États-Unis sans compter les autres nationalités sud-américaines.

Situation surréaliste donc pour une messe, mais situation désirée par François pour faire passer un message mondial sur la question de l'immigration. Comme il l'avait fait au début de son pontificat - ce fut son premier voyage hors du Vatican après son élection -, sur l'île de Lampedusa en Méditerranée où il avait dénoncé «la globalisation de l'indifférence» sur cette question brûlante. De plus, Ciudad Juarez, ville symbole de l'immigration latino-américaine vers les USA, est le pont frontière que François avait pensé emprunter pour entrer aux États-Unis… Il s'était finalement rangé à l'avis de ses conseillers qui le persuadèrent qu'un tel geste frisait la provocation pour Washington. 

















































En attendant, le Pape n'a pas mâché ses mots dans sa dernière homélie mexicaine et dernière grande prise de parole de son douzième voyage hors d'Italie. Le thème central était la miséricorde: «La miséricorde pénètre toujours le mal pour le transformer», a-t-il dit en garantissant qu'«il y a toujours une possibilité de changement» et qu'«il est temps de réagir et de transformer, de modifier et de changer, de convertir ce qui nous détruit comme peuple, ce qui nous dégrade comme humanité».

Commentant le prophète Jonas, le Pape a rappelé aux fidèles qu'il faut rester capable de «pleurer»: «Pleurer pour l'injustice, pleurer pour la dégradation, pleurer pour l'oppression. Ce sont des larmes qui peuvent ouvrir la voie à la transformation, ce sont les larmes qui peuvent attendrir le cœur» et modifier «l'attitude rigide et surtout d'indifférence face à la souffrance d'autrui» en provoquant une «rupture capable de nous ouvrir à la conversion». 


«Ce sont des frères et des sœurs qui partent, chassés par la pauvreté et la violence, par le narcotrafic et par le crime organisé... Se déploie un réseau qui attrape et détruit toujours les plus pauvres» 
Pape François

Le Pape a alors appliqué cette vision biblique à la situation présente: «Ici, à Juárez, comme dans d'autres régions frontalières, des milliers de migrants centraméricains se sont concentrés, sans oublier les nombreux Mexicains qui cherchent aussi à passer ‘‘de l'autre côté''. Un passage, un parcours parsemé de terribles injustices: des personnes réduites en esclavage, séquestrées, victimes d'extorsion ; beaucoup de nos frères sont l'objet du trafic humain.»

Cette «crise» a-t-il fait remarquer, on peut toujours la mesurer avec des «chiffres» mais «nous voulons la mesurer par des noms, des histoires, par des familles». D'où ce plaidoyer: «Ce sont des frères et des sœurs qui partent, chassés par la pauvreté et la violence, par le narcotrafic et par le crime organisé. Face à de nombreux vides juridiques, se déploie un réseau qui attrape et détruit toujours les plus pauvres. Non seulement ils souffrent de la pauvreté, mais de surcroît ils souffrent de ces formes de violence. Une injustice qui se radicalise chez les jeunes, ‘‘chair à canon'', ils sont persécutés et menacés lorsqu'ils cherchent à sortir de la spirale de la violence et de l'enfer des drogues. Et que dire de tant de femmes auxquelles la vie a été arrachée!» 

Les associations, des «prophètes de la miséricorde»


Et ce cri du pape François: «Demandons à notre Dieu le don de la conversion, le don des larmes, demandons-lui d'avoir le cœur ouvert: Plus de mort ni d'exploitation! Il est toujours temps de changer». 

Il a encouragé, en conclusion, le travail de toutes les associations qui aident les migrants comme autant de «signes de lumière»: «Je connais le travail de nombreuses d'organisations de la société civile en faveur des droits des migrants. (…) Ils sont en première ligne, risquant souvent leur propre vie. Par leurs vies, ils sont des prophètes de la miséricorde, ils sont le cœur compréhensif et les pieds solidaires de l'Église qui ouvre ses bras et soutient.» 

Mario Samaniego à 18 ans. D'origine mexicaine il vit aux États Unis de l'autre côté du fleuve mais une partie de sa famille attend du côté mexicain. Il est venu avec eux pour suivre la messe: «Le Pape nous aide, il nous rend plus proche les uns des autres alors que beaucoup de familles mexicaines vivent douloureusement cette séparation. Nous espérons que sa visite puisse aboutir à une réforme des lois sur l'immigration pour les assouplir.»


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Info Le Figaro.fr

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