::+:: Au Chiapas, le pape à la rencontre de l’« Église des pauvres »


Le pape célèbre ce lundi à San Cristobal de Las Casas une messe devant 80 000 indigènes du Chiapas. L’ Église autochtone est controversée au Mexique comme à Rome. La venue du pape constitue un appui de taille à la lutte pour le respect des cultures et des terres des peuples indigènes.


Au Chiapas, François a rendez-vous avec Don Samuel Ruiz, l’ancien évêque adulé de tous à San Cristobal de Las Casas, mort il y a maintenant cinq ans. Le pape a demandé à se recueillir sur la tombe de celui que les indigènes appellent affectueusement « Tatic » Samuel, le « père de tous », en langue tzotzil.

Cette rencontre historique entre deux hommes, enthousiastes défenseurs des droits des plus démunis, aura lieu derrière l’autel de la cathédrale, là où, il y a vingt-deux ans, Samuel Ruiz avait invité pour la première fois au dialogue l’Armée zapatiste de libération nationale et le gouvernement.

Le pape envoie un message fort


Pour Pedro Faro, directeur du Centre des droits de l’homme Fray San Bartolomé de Las Casas, fondé en 1989 par Mgr Ruiz, le pape envoie un message fort à l’Église mexicaine, mais aussi à celle de Rome, en choisissant de marcher sur les pas d’un évêque taxé à de nombreuses reprises de « communiste » ou de « marxiste ». « Le pape François a renforcé l’esprit de lutte des peuples à travers son encyclique. C’est très encourageant pour les croyants indigènes », avance-t-il.

Mgr Ruiz a dirigé le diocèse de 1959 à 2000, le transformant en profondeur. Diverses mesures ont été mises en place pour adapter les cultes et les célébrations catholiques aux cultures des peuples autochtones. La plus controversée reste la nomination de 400 diacres, pour la plupart mariés, par « Tatic » Samuel. La mesure avait déplu au Vatican (qui redoutait qu’il s’agisse d’une première étape vers une Église de prêtres mariés) à un point tel qu’en 2000, le nouvel évêque de San Cristobal de Las Casas, Felipe Arizmendi, reçut l’ordre du Saint-Siège de ne plus ordonner de diacres. Il faudra attendre quatorze ans pour que le pape François n’infirme cette décision.


« François est venu rétablir la justice, lance F. Gonzalo Ituarte, dominicain qui fut l’un des collaborateurs de Mgr Ruiz. Ça nous a paru très injuste, car au même moment, les États-Unis comptaient près de 20 000 diacres mariés. L’ordination des diacres est une formule que l’Église locale avait trouvée pour maintenir la vitalité de la foi et les sacrements dans les communautés. »

« Il vient renforcer la flamme de l’espoir »


Selon Pedro Faro, les indigènes du Chiapas entrevoient la venue du pape comme un appel à poursuivre la lutte contre les abus des grandes entreprises et de l’État mexicain. « Il vient renforcer la flamme de l’espoir dans un lieu où le système capitaliste est une menace. Le gouvernement a lancé un train de réformes visant à exploiter encore davantage les ressources naturelles comme le pétrole et les mines. Les indigènes luttent pour leur autonomie et pour le droit de décider de l’avenir de leur Terre Mère. Le discours du pape va dans ce sens », expose Pedro Faro.

Le P. Pedro Humberto Arriaga souligne que les lieux choisis par le pape ne sont pas fortuits. « Par sa spiritualité ignatienne, François a cette sensibilité pastorale de choisir les endroits qui le mettent sur le chemin de la continuité de Jésus, dit ce jésuite qui dirige une radio catholique au Chiapas. Le pape se trouvera en territoire de lutte pour la Terre Mère, contre l’impunité, contre la corruption, contre le trafic des migrants et le narcotrafic. Ce sera une visite importante pour les peuples du Mexique, mais aussi pour ceux de toute l’Amérique latine qui luttent pour leurs droits et pour la justice. »

Nancy Caouette, au Mexique
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Info La Croix.com

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