::+:: Une France plus catholique que le pape


Le propos est courageux : tenter de saisir et de présenter les axes forts du catholicisme français d’aujourd’hui n’est pas si facile dans une France hyper laïcisée à bien des égards. C’est, par ailleurs, un propos résolument optimiste sur les forces et donc l’avenir du catholicisme en France compte tenu, notamment, des engagements pleins d’espoir d’une jeunesse catholique motivée.

Si le lecteur ne s’en tient pas aux images et qu’il entre dans le texte et ses analyses, là, pour le coup, un véritable dialogue est nécessaire avec l’auteur. Il semble que La France catholique soit avant tout celle de Benoît XVI et très peu celle du pape François. L’horloge est restée bloquée au pontificat précédent, comme si l’actuel n’avait rien à dire. La mise entre parenthèses de Jorge Bergoglio est typique d’une certaine France catholique qui attend des « temps meilleurs », à savoir le retour du passé. L’option prise est celle du silence, un silence extrêmement éloquent, concernant François, plus efficace que la vaine critique, difficile pour un catholique, du successeur de Pierre.

La clé de lecture retenue par l’auteur est celle d’une cassure générationnelle: les catholiques issus de Vatican II disparaissent peu à peu, ce qui semble être une bonne nouvelle pour le journaliste, tandis qu’une nouvelle génération plus visible et attestataire se lève pour redresser une Église en péril. Tout est mesuré à cette aune, comme pour cliver. Par exemple, les théologiens et philosophes réputés importants selon Jean Sévillia: Chantal Delsol, Jean-Luc Marion, Rémi Brague, le dominicain en poste au Vatican Serge-Thomas Bonino, etc. Comme si, à côté d’eux, aucun ne travaillait ni ne valait ! 

Le parti pris est total. Il est celui d’un milieu sociologique mis en évidence pour mieux ignorer les autres qui, sans doute, ne pensent pas exactement de la même manière la question de la France catholique. De fait, l’auteur opère un prélèvement subjectiviste dans ceux qu’il baptise catholiques et dignes de figurer dans sa remise de prix. L’évaluation des médias catholiques est tout aussi tronquée. De façon très attendue, finalement, le journal La Croixreprésente une ouverture peu prisée, dans l’esprit du dernier Concile. 

De Témoignage chrétien ne sont retenus que les nombreux soubresauts et crises pour tenter de maintenir en vie et de renouveler un organe de presse dont la disparition laisserait les coudées franches au catholicisme de réaction (et non de résistance). Le livre catholique bénéficie d’un traitement superficiel comme l’attestent les allusions aux éditions du Cerf. Ce qu’on pourrait appeler le catholicisme social est comme réorienté vers la « Manif pour tous » et ses revendications familiaristes d’expression politico-religieuse.

Là où une génération avait choisi l’action sociale de proximité, un peu à la manière de ce que le pape François reconnaît à présent en termes de périphéries existentielles, la génération montante, à nouveau centrée sur le pouvoir des clercs (que François ne ménage guère), choisit la défense des valeurs qui ont fait la France catholique en ne prenant pas assez garde aux nombreuses ambiguïtés de ce thème à l’heure du retour d’un religieux souvent fanatisé…

Au total, c’est sans doute cela qui est le plus regrettable dans cet ouvrage: ma propre lecture surfe, voire est contrainte de renforcer les caricatures que l’auteur orchestre. Or, il ne faudrait pas se lire dans le miroir qu’il nous tend. Rien ne sert d’organiser des procès clivants et de distribuer bons ou mauvais points en termes de brevets de France catholique !
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Jean Sévillia,
La France catholique,
éd. Michel Lafon,
2015, 238 pages

L'auteur
Jean Sévillia est rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine et membre du conseil scientifique du Figaro Histoire. 
Essayiste et historien, il a publié de nombreux succès de librairie, notamment Zita impératrice courage (Perrin, 1997), Le terrorisme intellectuel (Perrin, 2000), Historiquement correct (Perrin, 2003), Le Dernier empereur, Charles d'Autriche (Perrin, 2009) ou plus récemment Histoire passionnée de la France (Perrin, 2013).

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