::+:: Retour sur la vie de Saint Amadour, ermite retrouvé en 1166


À Rocamadour, tout près de la basilique saint Sauveur, on peut voir un tombeau creusé dans la roche avec cette inscription : « Ici fut découvert en 1166 le corps parfaitement conservé de Saint Amadour ».

La citadelle de la Vierge Noire est un lieu touristique de premier plan, l’un des plus visités de France accueillant 1,3 million de visiteurs par an. Le site accroché à la puissante falaise dominant la vallée encaissée de l’Alzou, est un haut lieu de pèlerinage qui attire les fidèles depuis prés de 2000 ans.

Saint Amadour serait-il Zachée ?


C’est ici, dans une grotte du rocher que se serait installé un ermite nommé Zachée, cité dans l’Évangile de saint Luc. Jésus se rendant à Jérusalem, passe par Jéricho. Zachée, chef des collecteurs d’impôts est riche et impopulaire.

De petite taille, pour parvenir à apercevoir Jésus entouré d’une foule importante, il grimpe sur un sycomore. Jésus, arrivé au pied de l’arbre l’appelle par son nom, lui demande de descendre et lui dit : « Descends vite. Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » La foule voyant cela, est choquée : « Il va loger chez un pécheur ! » Zachée, rempli de joie, descend de l’arbre et dit : « Seigneur, voilà. Je vais faire don aux pauvres de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

Arrivé dans sa maison, Jésus soigne Véronique, son épouse, atteinte d’une maladie hémorragique. Véronique et son époux se convertissent et font partie des disciples de Jésus. Elle fera partie de ces femmes éplorées et fidèles qui suivront la longue montée au calvaire de Jésus jusqu’à sa crucifixion. Alors que les hommes, les Apôtres, se sont tous enfuis au jardin des Oliviers, c’est Véronique qui essuiera avec un linge blanc la sueur et le sang du visage du Christ. Quelques années plus tard, lors des persécutions contre les chrétiens, tous les deux sont emprisonnés pour leur foi puis vont fuir en Gaule pour porter l’Évangile, sur la côte d’Aquitaine où « ils vécurent dans le jeune et la prière ». On a conservé des traces de sainte Véronique à Bordeaux et à Soulac où elle mourut. Zachée part alors, s’isoler dans une grotte à Rocamadour. C’est là qu’il meurt, à son tour, après avoir élevé, dans les anfractuosités du rocher, un autel à Marie.

Saint Amadour (en occitan, « Celui qui aime ») serait-il Zachée ? L’hypothèse semble peu probable, même si elle fut celle du pape Martin V en 1427. Il semble raisonnable de penser qu’effectivement, un ermite à la réputation de sainteté ait vécu dans ce qui allait devenir Rocamadour. D’autres ermites viendront ensuite, s’isoler dans ce lieu pour prier Marie et pour former une communauté. Ainsi, dès les premiers siècles de la chrétienté, Rocamadour devient un lieu de recueillement.

Les moines de Marcilhac-sur-Célé puis ceux de Tulle s’occupent de l’ermitage. En 968, l’évêque de Cahors signe un acte de donation à l’abbaye Saint Martin de Tulle.

En 1105, le pape Pascal II confie le pèlerinage à « la Bienheureuse Vierge Marie de Rocamadour ».

Pendant 400 ans, Rocamadour fait partie des grands pèlerinages de l’Occident chrétien.

En 1166, les moines, en creusant, découvrent par hasard une tombe avec un corps parfaitement conservé. L’absence de décomposition corporelle frappe les esprits. « C’est un miracle ». On vient désormais à Rocamadour pour prier la Vierge (qu’elle rende fécondes les femmes frappées de stérilité et qu’elle sauve les marins en mer) mais aussi pour vénérer le corps de cet ermite devenu saint Amadour.

C’est vers cette époque que les Bénédictins installent la Vierge noire.


Ainsi, en 1186, Robert de Thorigny, abbé du Mont Saint Michel écrit : « Amadour, averti par la Mère du Seigneur, passa dans les Gaules par voie de mer et mena, le reste de ses jours dans le lieu-dit, une vie d’ermite. Quand il mourut, il fut enseveli à l’entrée de l’oratoire, en un lieu qui resta longtemps ignoré… En l’an 1166, un habitant du pays ordonna à sa famille d’ensevelir sa dépouille à l’entrée de l’oratoire. À peine eut-on creusé que le corps du bienheureux Amadour fut retrouvé dans son intégralité et c’est dans la même intégralité qu’il fut placé à l’église près de l’autel et offert à la dévotion des pèlerins. Ainsi il se fit ici, de nombreux miracles inouïs par la puissance de la Très Sainte Vierge ».

Les pèlerins vont venir en grand nombre de toute l’Europe. Parmi eux, en 1170, le roi Henri II Plantagenet et en 1244, le roi Louis IX avec sa mère Blanche de Castille, avant son départ pour les Croisades. Pendant 400 ans, Rocamadour va être considéré comme l’un des quatre plus grands sanctuaires de la chrétienté avec Rome, Jérusalem et Saint Jacques de Compostelle.

Profanation du corps de Saint Amadour, lors des guerres de religion


Le passage des mercenaires protestants en 1562 provoque à Rocamadour la destruction des édifices religieux et de leurs reliques. Dans une supplique au pape Pie IV, les chanoines décrivent les dégâts causés : « Ils ont tout saccagé. Ils ont brûlé et pillé ses statues, ses tableaux, ses cloches, ses ornements, ses joyaux. Tout ce qui était nécessaire au culte divin. Y compris le corps de saint Amadour ». Selon les témoins, le capitaine protestant Bessonie rompit le corps à coups de marteau de forgeron en disant « Je vais te briser puisque tu n’as pas voulu brûler ».

« Le capitaine retira, au profit du prince de Condé, la somme de 20 000 livres de tout ce qui composait le trésor de Notre-Dame depuis le XIIe siècle » note Henry Montaigu dans son ouvrage, « Rocamadour ou la pierre des siècles ».

Aujourd’hui, il ne subsiste que des fragments d’ossements du saint. Ses reliques seront vénérées, à l’occasion de la fête de la Saint Amadour, le 26 août prochain.

2016 : l’année Saint Amadour


La découverte du corps de saint Amadour a provoqué l’essor du sanctuaire. La récente mise à jour de la carte des huit chemins majeurs du Moyen-Age convergeant vers Rocamadour ouvre de nouvelles perspectives : celle de faire de Rocamadour une étape majeure vers Saint Jacques de Compostelle.

Ainsi, en 2016, 850 ans, après cette précieuse découverte, huit équipes de pèlerins amenant la Vierge noire vont remonter les chemins du Quercy. Laquelle sera accueillie par les paroisses du diocèse qui feront connaître Notre Dame de Rocamadour dans leur communauté.

Peut-être passera-t-elle tout près de chez vous ?
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Info La Vie Quercynoise .fr

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